par Antal
Suite à votre déclaration uniquement en anglais sur le tragique accident à Newark (à part les mots bonjour et merci ), doit-on vous dire merci à vous aussi et vous savoir gré pour ce que les médias présentent comme votre entêtement? Nuances…
Merci? Puisque vous rappelez que, dans ce pays bizarrement bilingue, tout travailleur a le libre choix de la langue de travail. À part le fait que vous occupiez un poste émérite, ce droit vous revient comme à n’importe quel autre employé. C’est à la société que vous dirigez de veiller à ce que, d’une manière ou d’une autre, les droits du public à des messages francophones soient respectés. Et de s’amender puisque avoir simplement sous-titré en français (quand même!), ne suffit manifestement pas.
Merci? Pourquoi ne pas avoir eu recours à la traduction simultanée par interprète? Après un onglet en début de vidéo après votre « Bonjour! », il aurait pu en présentiel rediriger vos propos vers son public francophone. C’est sensiblement la même règle à la Chambre des communes. On n’aurait pas pu vous reprocher de procéder d’une façon analogue.
Merci? D’ avoir presque réussi, comme lors du premier incident, à résister d’abord à toute la classe politique, médiatique et sociale qui réclame en bloc votre démission. Aucune n’a précisé si vous étiez tenu par contrat de vous exprimer en français, et en quelles circonstances…
Merci? Un autre manquement a échappé à tous les commentateurs qui se sont empressés de vous tomber dessus : pas d’interprète en langue des signes (LSQ/ASL) pour les personnes sourdes et malentendantes. Tout à fait courant jusqu’à il n’y a guère, ce service a décliné depuis que, dans les points de presse à répétition au sud de nos frontières, ils ont été réduits, voire supprimés. On peut pousser l’exercice jusqu’à l’absurde : alors qu’à votre droite se tiendrait l’interprète LSQ/ASL en anglais, et à gauche celui en français, en dépit du sous-titrage, l’immense majorité de l’auditoire francophone ne serait auditivement toujours pas adéquatement desservi…
Merci? Pour signaler que vous ne faites que comme nombre de vos autres compatriotes anglophones qui usent régulièrement du droit de travailler dans leur langue dans les rares institutions et centres de recherche fédéraux. (Une goutte dans le débat linguistique puisqu’une majorité d’entre eux se trouvent… en Ontario où les fonctionnaires se sentent plus ou moins à l’abri de telles considérations.)
Merci? De rappeler que, dans ce pays prétendument bilingue (bis), lors de rencontres fédérales-provinciales de politiciens fédéraux (ministres y compris) et leurs fonctionnaires francophones , la langue utilisée n’est pas systématiquement le français (avec traduction simultanée, bien sûr) dès que se présente un unilingue anglophone.
Merci? Pour souligner que, en dépit des lois et de quelques efforts pour faire la promotion du travail au Québec, dans la région de Montréal et, tranquillement, de plus en plus ailleurs, le français en milieu de travail piétine. Comment vous reprocher à vous ce qu’on n’arrive pas à corriger ici?
Merci? On l’oublierait presque… au Nouveau-Brunswick, le seul État « officiellement bilingue », et ailleurs hors Québec, où l’usage du français peine à proportion inverse du nombre de ses usagers.
Merci? De rappeler que, faute d’avoir produit les textes voulus et voté les budgets adéquats, la mise en œuvre des règlements de la nouvelle Loi fédérale sur les langues officielles accuse du retard : arrêtés cruciaux pour la protection et surtout la promotion du français en situation minoritaire toujours en suspens deux ans après son adoption. Expressément conçue pour des cas comme le vôtre, comment peut-on vous adresser des « reproches fondés » quand le législateur se traîne des pieds?
Merci d’avoir brassé une fois de plus ce pays prétendument bilingue (ter) et qui n’est en fait que polyglotte dans un seul sens. Comme le disait si bien Gilles Duceppe : « À Ottawa, il y a bien deux langues officielles : l’anglais et la traduction simultanée. » D’une crise que vous avez provoquée à l’autre, il serait intéressant de comparer l’évolution ou le recul de la situation…
Merci, donc. Parce que ce n’est pas l’agitation qui se joue sur votre dos qui va « sauver le français ». Pas non plus, pour parodier un slogan d’actualité qui tombe particulièrement bien : « Ce n’est pas avec une vidéo qu’on va» pouvoir lutter contre l’inexorable réalité des chiffres et des statistiques. C’est, dans le quotidien, par les faits et gestes et interventions de celles et ceux qui, très majoritairement, se déclarent convaincus du redressement nécessaire.
Merci de nous signaler que, collectivement, nous ne faisons que comme vous. Dans notre travail en utilisant (de préférence (?) la version anglaise des logiciels; dans nos contacts professionnels avec nos collègues qui préfèrent ne pas parler français; dans nos loisirs et les films et séries qu’on visionne… Comment pouvons-nous nous dresser pour vous adresser des reproches?
Merci, parce que les lois linguistiques sont impitoyables. Que dirait-on si, pour respecter l’origine franco-normande de ± les deux-tiers de leur vocabulaire, les anglophones se mettaient à prononcer ridiculous, outrageous, etc. à la française? Ils rejoindraient les Français nombreux aujourd’hui à imposer la diction hexagonale aux mots qu’ils empruntent en abondance à l’anglais. Nous, ici, partageons le pire de ces deux mondes : au lieu d’un carcajou poétiquement nommé pour désigner des opérations policières, l’opération SharQc n’a jamais été prononcée par ses membres et la plupart des médias parlés autrement qu’à l’anglaise. Quand ce pastiche articulatoire atteint des mots depuis longtemps naturalisés dans notre langue (bar, camping, footing, parking, ticket…), les phonèmes trahissent notre servitude linguistique, les sonorités notre mentalité et, phonologiquement, nous ne parlons plus français, mais anglais[1].
[1] – Ce n’est pas tant ni d’abord par le lexique, la morphologie ou la syntaxe qu’on reconnaît un francophone qui vient d’ailleurs ou un sujet qui l’a appris ici. C’est immédiatement par sa phonologie, ce qu’on appelle couramment l’accent. Plus ou moins inconsciemment, une petite portion de la majorité de souche se crispe alors aussitôt. (Dans l’Hexagone, une part importante le fait encore systématiquement…)
Merci, parce qu’il est vrai que ce n’est pas tant l’emprunt lexical qui nous menace, mais le plagiat phonétique : après quelques années de rectification soutenue, nous avons abandonné REER prononcé à l’anglaise [RiR]. Mais, alors que radar s’est imposé à la française, taser, formé sur le même modèle, a échappé à cette règle d’assimilation. Ce recul est-il dû au fait que l’OQLF a fait disparaître l’anglicisme (« Voilà l’ennemi! » s’écriait en 1 879 Jules-Paul Tardivel…) de sa nomenclature? Le classifiant central (anglicisme) une fois anbandonné, les subséquents (…sémantique, syntaxique, morphologique, orthographique..) sont systématiquement réduits au lénifiant générique emprunt. Si ce qui est un travers – ne serait-ce qu’à l’occasion – n’est plus présenté comme tel par les responsables qui en ont la charge, comment s’en protéger? Ces commis de l’État à la fois suivent et déterminent la doxa qui s’en prend à la langue : par commodité (?), s’en tenir à la version écrite et fort peu à l’oral, beaucoup plus utilisé qu’elle.
Merci, aussi vrai qu’il y a un comble qui combine deux aspects : l’emprunt lui-même, procédé incontournable dans toute langue et la phonologie à l’anglaise. La courte liste adoptée de l’allemand est systématiquement prononcée à l’anglaise par une couche d’usagers auxquels ces subtilités linguistiques échappent : blitzkrieg, panzer, bunker… Mais le pire, c’est que le trop notoire Hitler devient dans leur système articulatoire un… Anglais! Par le patronyme.
Merci, parce que les examens du Ministère de l’Éducation en fins d’études secondaires et collégiales remettent eux aussi les choses dans une autre perspective : de 15 à 20% d’élèves – nombre appréciable en augmentation – doués dans d’autres matières et la communication orale, échouent à la première tentative ce test où le pourcentage attribué à la correction écrite (30%) est vite épuisé. (Heureusement que nous avons su contourner la probabilité encore plus grande d’insuccès chez les élèves du secteur technique, par l’attestation d’étude. Dire que les Français ont introduit une épreuve similaire pour leur baccalauréat, examen sans pitié ni pardon : « Repassez l’année suivante ! »)
Merci de nous rappeler – avec le député autochtone Robert Falcon Ouellet – qu’« une langue n’est vivante que si elle est parlée[2]. » Partout, mais surtout toujours : ne payer une facture que lorsqu’elle est en français; réadresser une requête formulée dans la « mauvaise » langue; ignorer pareillement toute publicité; ne pas commander (en ligne) dans une autre langue… En dépit de substantielles améliorations des parchemins législatifs, arrêter de penser que ce sont les lois et règlements qui vont faire le travail. La responsabilité revient aux citoyens sur le terrain journalier. Sinon, tant pis : un jour pas si lointain nos descendants chanteront la déchirante complainte de Pauline Julien : « Mommy! Mommy! Why? »
Merci pour le magnifique battage publicitaire dont vous avez été l’objet. Mais pas pour les autres manquements, maigres ruisseaux médiatiques intermittents qui se perdent dans l’estuaire perpétuel des nouvelles englouties.
Devant la Commissaire aux langues officielles, votre seul plaidoyer pour votre impair pourrait être « Pourquoi SEULEMENT moi, et pas tous les autres manquements que votre administration et les autres sont censés traiter? …maigres ruisseaux médiatiques intermittents qui se perdent dans l’estuaire perpétuel des nouvelles englouties… » et rarement réglés. Et dont Madame Kelly A. Burke vient – une fois de plus – de déplorer le nombre et les carences.
Que vous quittiez vos responsabilités publiques en même temps que la Gouverneure générale Mary Simon, constitue un pur hasard. Pas le fait que tous deux vous ayez été l’objet de critiques plus ou moins acerbes. Ceux qui vous ont nommées ont ignoré qu’ils vous chevillaient dans un flot de règlements plus ou moins difficiles à observer. La foule et les médias ont vite fait de profiter de leurs manquements. Quand réclameront-ils avec le même zèle qu’il y soit remédié? On ne peut donc vous reprocher individuellement ce que, collectivement, nous sommes incapables d’accomplir. Pour vraiment faire du français la langue commune. Partout, mais surtout toujours.
Merci. Et dommage que vous preniez votre retraite. Dans ce pays où ne sont bilingues que les édifices et les formulaires fédéraux, la plupart des agents au Québec mais très peu ailleurs, oui! de temps en temps, notre mémoire et conscience ont besoin de se rappeler de et avec vous!
Merci. Parce que pour en finir avec ce qu’on vous reproche, nous devrions être irréprochables pour ce qu’on vous demande.
L’espace médiatique mondial étant vampirisé par un nombre incalculable de sites où le culte de la personnalité, nourrie par un flux de messages et de tweets, l’emporte souvent sur l’information; où des événements, politiques ou pas, sont provoqués pour(?) pouvoir les commenter ou sur des faits dissimulés pour(?) pouvoir y échapper, LA CONSERVATION privilégie une « approche de contre-information dans des billets d’opinions engagés. »
LA CONSERVATION ayant choisi de prendre le maquis du pseudonyme, certains collaborateurs s’y expriment anonymement, tout en s’engageant à respecter les règles usuelles de la bonne pratique journalistique.
[2] – https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2242116/langues-autochtones-droit-preservation-leaders-jeunes
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