Auteur/autrice : laconservation

  • Contre-tarifs canadiens : approuvés par les Communes!

    par La Conservation

    Qu’un pays et son gouvernement se lèvent enfin! il était temps!

    Que les contre-mesures cadiennes soient aussi implacables que celles qui les ont provoquées : cela va de soi.

    Mais il faut éviter qu’elles leur ressemblent par leur dégaine : prévenir qu’elles n’aient ni queue ni tête; qu’elles aient l’air de lubies; qu’elles soient accompagnées de déclarations fracassantes; que… qu’… Bref, qu’elles ne soient que le fruit des caprices de l’exécutif.

    Exécutif américain qui a oublié son rôle :  « Mettre en œuvre et appliquer les lois adoptées par le pouvoir législatif. » Les décrets à répétition contreviennent à ce beau principe : 275 en ce demi-mandat pas encore à terme, pour un total à ce jour de 495 sur les deux.

    Le Sénat – et par conséquent la Chambre des Représentants – n’ont adopté qu’à peu près le double de ce chiffre. Alors que leur rôle à eux, c’est justement d’élaborer les lois que le pouvoir exécutif se met en charge d’appliquer.

    À quelque 4 ans d’écart, le quotidien La Presse reprenait sensiblement le même titre : La gouvernance par décret a assez duré et Une présidence exercée à coup de décrets.

    Contrairement à notre pays où les décisions de la Cour suprême sont toujours généralement nuancées, aux États-Unis, son équivalent est rarement neutre et penche souvent du côté du pouvoir exécutif, renversant à l’occasion les décisions des tribunaux inférieurs.

    Quant aux dépenses électorales, les USA sont bien connus pour les sommes donnant le tournis comparées aux autres démocraties : un peu moins de 2 milliards de dollars pour la première élection de l’actuel président; beaucoup plus pour la seconde. Des législatives de près de 16 milliards, toutes contributions cumulées.

    Ces gaspillages sont à l’image d’un pays où les plus riches – qui le sont de plus en plus grâce aux réductions d’impôt – bénéficient d’avantages dont ils refusent de voir les effets pervers auprès des autres contribuables et de la gestion générale du bien public ou commun.

    La relation entre l’obésité des fortunes astronomiques et celle des couches de la population les plus démunies ayant de la difficulté à se nourrir convenablement, n’est pas limitée – ce qui est avéré – au seul domaine agroalimentaire. Elle est généralisée :  » il s’agit [aussi] d’un phénomène structurel lié au fonctionnement de l’économie mondiale. « 

    Parmi tant d’autres, quelques exemples  » d’actualité  » : 1 – depuis 1.922, trop d’eau est pompée dans le fleuve Colorado pour produire de l’électricité, arroser les cultures, fournir l’eau potable dans 7 États. Le point critique est atteint : le Bureau of Reclamation fédéral vient  » d’imposer des réductions obligatoires de la consommation pour trois États du bassin inférieur (la Californie, l’Arizona et le Nevada) » – plus le Mexique -, mais pas pour les autres qui s’insurgent contre ce qu’ils perçoivent comme une discrimination…

    2 – Les plus grosses fortunes n’ayant aucune limite, elles peuvent envisager des projets pharaoniques comme Starbase Louisiana d’où seraient lancés  » 30 vols de Starship par jour (soit des milliers de lancements par an) « ! Au lieu de tirer la leçon du cas précédent qui visait quand même l’intérêt public, celui d’Elon Musk reproduira à une échelle astronomique (sic!) les défauts de Starbase à Boca Chica, au Texas : dégâts environnementaux et écologiques; impacts sur la population locale et privatisation de l’espace public (Mexique encore une fois tout proche…), le tout masqué par de commodes accords de non-divulgation.

    3 – Les manœuvres pré-électorales – gerrymanding, restrictions aux votes par correspondance… – mériteraient-elles des  » observateurs étrangers « comme ceux auxquels les Américains ont régulièrement participé par le biais de diverses organisations internationales ou non gouvernementales?  » Courte sélection  » médiatique  » : Venezuela, Pakistan, Biélorussie, Serbie, Haïti…

    Ces quelques aperçus (!) ne sont que le microcosme d’une planète que certains jugent de plus en plus mal-en-point. Il y a urgence pour que, chez notre trop puissant voisin du sud, les principes fondamentaux de la séparation de pouvoirs en démocratie soient efficacement restaurés.

    Et que nous donnions l’exemple.

    Dès que le train de mesures sera annoncé, que la Chambre des Communes soit convoquée à Ottawa pour les approuver en bonne et due forme. Grâce aux dégâts provoqués par qui on sait, il n’est (presque) aucun parti, aucun député qui osera s’opposer  : cette fois, c’est l’unanimité qui percutera!

    Mieux : pour bien illustrer l’indispensable séparation des pouvoirs, c’est au préalable que Mark Carney devrait convoquer la Chambre pour lui soumettre l’approbation requise. Une fois le vote acquis, elle représentera la volonté du Collège électoral. Donc du peuple.

    C’est ainsi qu’on s’assure de la souveraineté d’un pays. Et que, au besoin (et dieu sait s’il y en a!) on peut la défendre efficacement. Avons-nous la vocation helvétique, ce petit pays des Alpes qu’Hitler a laissé tranquille durant toute la deuxième Guerre mondiale? Hélas! nous n’abritons pas les précieux avoirs américains réfugiés dans leurs institutions monétaires. Mais nous avons d’autres biens encore plus indispensables.

    « Amenez-en, des tarifs! » titrait ironiquement un média. Qui ajoutait :Ça va faire mal! Et sans doute pas seulement ni d’abord chez nous… Presque heureusement (?) – a-t-on encore le choix?

    © laconservation.ca

    P. S. Puisqu’il y a à la fois urgence et menaces, le chef de l’opposition, Pierre Poilièvre, fait son travail lorsqu’il demande un débat en chambre. On peut rappeler que, dès le 10 septembre 1.939, pour déclarer la guerre à l’Allemagne, le Parlement a appuyé massivement le premier ministre Mackenzie King ; sensiblement la même chose (220 voix contre 16) pour l’adoption des Mesures de guerre en 1.970; et quasi unanimité pour les aides d’urgence suite à la COVID en mars 2.020. Dans la plupart des cas, lors de séances écourtées…

  • ARTICLES RÉCENTS

    • Discrimination ethno-auditive
    • Pas de bateaux à la marina de Lachine?
    • TGV, « moins pire » qu’une autoroute
    • Édifices de prestige et commémorations
    • Serviteurs de l’État : honorables?
    • Arsenal nucléaire : Ukraine et Iran
    • Etc.

  • Discrimination ethno-auditive : l’inverse médiatique

    par Antal

    Racisme, discrimination ethnique, ségrégation… Même avant[1], la chose était fréquente aux frontières : il suffisait d’une peau basanée, d’yeux bridés ou d’un bindi sur le front pour que, même de loin, presque automatiquement, on soit questionné, vérifié, contrôlé, fouillé plus longuement que les passagers de souche… L’écart, observable, ne provoque parfois d’autre réaction que celle des victimes : « J’ai l’habitude… »


    [1]avant le 9 septembre, la COVID et plus récemment l’ICE…

    Mais il en est de plus subtils , longtemps ignorés y compris des intéressés [sic!] Qui ne se voit pas, mais s’entend dès qu’ils ouvrent la bouche : immigrants étrangers ayant de la difficulté à maîtriser leur langue d’adoption; francophones venus d’Europe; ou des nombreux pays africains où le français est la ou l’une des langues « officielles » par atavisme colonial ou pour pallier la trop grande variété des langues véhiculaires vernaculaires (wolof, bambara, peul…)

    La socio-linguistique s’en est récemment occupée. Abrégé et extraits…

    Aramis, Université Concordia (2024) : « Les répondants de la société d’accueil qui accordent une grande importance à l’accent québécois comme marqueur identitaire manifestent des attentes beaucoup plus exclusives et des attitudes plus négatives envers l’immigration. »

    Commissaire à la langue française (2025) : « Les enfants d’immigrants (deuxième génération), bien qu’ils maîtrisent parfaitement le français, adaptent leurs pratiques et font face à des barrières de regroupement social dès le secondaire en fonction de leurs repères linguistiques et culturels. »

    Université d’Ottawa : la glottophobie – discrimination basée sur l’accent (théorisée par Philippe Blanchet) – « démontre que les experts en politiques publiques issus de l’immigration sont jugés moins crédibles lorsqu’ils s’expriment avec un accent étranger. L’accent s’avère un marqueur de différenciation encore plus puissant que la couleur de la peau pour évaluer la compétence perçue » et peut provoquer de la discrimination systémique à l’embauche.

    Divers chercheurs : « Le linguicisme (discrimination basée sur la langue ou l’accent) est la principale source d’exclusion rapportée par les minorités, particulièrement lors de l’accès à l’emploi. »

    Sans parler du profilage racial, souvent l’objet de dérives linguistiques (tutoiement indu, etc.)

    Un peu à l’inverse, ces études soulignent aussi l’existence de stéréotypes réciproques qui prennent le contrepied des réactions de souche. Pour échapper au stigmate du Maudit Français, on cherchera à réduire la « distance » avec les Québécois d’origine par le vocabulaire. Par l’intonation et le débit, c’est beaucoup plus difficile.

    Acquis et appris linguistiques

    L’apprentissage de la langue est parfaitement illustré par l’éternel débat : le vocabulaire est principalement acquis en famille, dans l’entourage, à l’école; mais les mêmes milieux imposent de manière beaucoup plus subtile les variables phonétiques, d’intonation et de débit. Autrefois, même dans notre petit pays, on distinguait facilement un Madelinot, d’un Jeannois et d’un Abitibien par son accent caractéristique… Et il était usage d’en parler. Mais les déplacements de masse, les formations scolaires, la radio et la télévision ont raboté l’essentiel de ces disparités régionales. (Le [R] roulé du maire Jean Drapeau a notamment disparu dans la région montréalaise…) Il ne reste plus que les Acadiens pour rappeler encore ce temps ici disparu. Et il est de mauvais goût, comme l’ont fait longtemps les Hexagonaux avec les Belges, de se moquer d’eux. Même gentiment.

    Conséquence « à l’international » : ces marques linguistiques orales trahissent la plupart des immigrants dès qu’ils ouvrent la bouche. La majorité des Québécois s’en accommodent. Mais certains se crispent. Poliment : « Vous venez d’où? », désir de reconnaître la frontière de la différence. D’autres s’immiscent. En insistant : « Vous êtes donc belge? » L’histoire personnelle des origines peut être vécue comme un jardin secret : un certain nombre de réfugiés viennent de pays qui les ont bannis de leur territoire et dépouillés de leur nationalité. Ou pire. Parfois – fait plus rare – plusieurs en ont fait des apatrides. Leur réponse devrait-elle être : « Je ne puis répondre à cette question puisque le / ou les pays d’où je viens m’ont expulsé. » Ces cas extrêmes mettent en lumière les limites des rapports sociaux et des conventions qui les régissent[2]. Alors que le désir ultime de la majorité des immigrants, c’est justement de ne plus l’être, mais d’être accepté comme tout le monde. Et comme le monde ordinaire de passer inaperçu, ou plus exactement de n’être apprécié que pour sa valeur et pour soi-même. Et de ne laisser transparaître aucune marque qui pourrait le trahir.


     [2] – Exemples : notre petit pays n’est pas assez grand pour que, comme aux États-Unis, l’une des formules de politesse inclue « Where are you from? »

    La formule de salutation usuelle, vidée de tout contenu, « Comment ça va? » avec sa réponse automatique tout aussi creuse et futile, ne mériterait actuellement que cette réplique : « Comment poser une telle question alors que le monde va si mal! » Ces subtiles nuances déclaratives viennent soutenir celles, simplement auditives qui ne le sont pas moins.

    Des variantes médiatiques inverses

    Au cinéma

    Une bonne partie de la population critique les films venus de l’Hexagone : « On ne comprend pas ce qu’ils disent. » La chose n’est pas seulement due à des approches culturelles et sociales, des vocabulaires familiers ou argotiques différents, mais aussi et surtout à l’intonation et au débit. Contre-exemple : dans La Petite vie, le censément populaire couple de paysans français joués par Véronique Le Flaguais et Benoît Brière a remarquablement réussi la fusion, la synthèse de ces oppositions… en étant parfaitement compréhensible! Normalement, ç’aurait dû être exactement le contraire! pour être « conforme » au scénario, il aurait dû être impossible de les comprendre. En étant aussi inaccessibles que ce que certains Hexagonaux reprochent encore aux Québécois[3]


     [3] – Nuançons le dernier des extraits ci-dessus : « les stéréotypes réciproques qui prennent le contrepied des réactions de souche pour échapper au stigmate du Maudit Français » ont principalement pour cause les besoins de la chaîne de communication dès qu’on quitte le niveau standard, courant et qu’on aborde le familier ou l’argot. Exemple : pour dénoncer quelqu’un, le français familier propose balancer que, en contexte, à peu près tout le monde comprend. Mais cafter – par ailleurs régional – n’est compris que des Hexagonaux locaux. Et le reste des francophones qui ne sont pas d’ici ne comprennent rien à son correspondant joual stooler. Subtiles nuances qui se chargent quand on ne traite que de menus écarts oraux…

    À la télévision

    Dans d’autres domaines médiatiques, faute d’une convention universelle, les correspondants, des reporters, des experts étrangers interviewés par les grandes chaînes internationales voilent leurs propos par des écarts subtils : les pauses ne se font pas comme ici; l’intonation est différente; la respiration, décisive pour l’enchaînement syntaxique, divergente. Et les liaisons[4], caractéristique du français académique, écrasent ou gonflent encore la chaîne de la parole. La plupart du temps, ces décalages sont sans conséquences pour la communication. Mais il suffit de la moindre anicroche pour qu’elle devienne laborieuse, voire inopérante : un environnement trop bruyant ou, de plus en plus avec le vieillissement de la population, un handicap auditif plus ou moins marqué.

    Rappelons que, dans la formation théâtrale, ces variables font partie de la discipline sous laquelle on recoupe la diction. Sans cet apprentissage décisif, impossible de se faire entendre sans micro dans des salles immenses où sont assis des centaines de spectateurs. (Salle Richelieu à la Comédie-Française : ± 862 places!)


     [4] – La source principale de cette différence n’est pas l’oral, mais l’écrit. Dans la formation classique d’antan, effectuer correctement les liaisons d’un texte lu, était déterminant pour l’attribution de la note.

    Azeb Wolde-Giorghis, la preuve inverse par le sous-titrage

    Illustration concrète par le sous-titrage en direct à la télévision : lorsque les propos sont à bâtons rompus comme dans les émissions de variétés, les défaillances du sous-titrage codé ou en direct sont nombreuses. Mais, règle générale, dans les bulletins de nouvelles, elles en sont à peu près absentes. Forcément, on y applique la norme Radio Canada, « un modèle de français oral conçu pour les bulletins de nouvelles et les médias. Elle cherche à unir la clarté internationale et les traits ancrés du français québécois, tout en évitant les accents trop fermés ou familiers. » Si le robot transcripteur suit relativement facilement et sans faute les « ordres » donnés pour « faire son travail », c’est que les paramètres sont connus. Mais ils ne concernent que la prononciation. Et pas – comme nous le disions plus haut – l’intonation et le débit.

    La célèbre analyste-présentatrice Azeb Wolde-Giorghis a beau avoir un français impeccable, avec un vocabulaire largement partagé par tous les francophones, une syntaxe sans faute, au petit écran, à cause de son intonation, son débit, ses pauses, la reconnaissance vocale médiatique et certains téléspectateurs ont du mal à la suivre dans le délai imparti de 4 secondes au maximum imposé au robot transcripteur pour être « compris [5] ». Et partagé par tous les francophones? Justement pas. Azeb Wolde-Ghiorgis, qui a fréquenté le Collège – français – Stanislas, a passé 20 ans de sa carrière internationale à l’étranger à fréquenter un milieu et des collègues loin de son Québec d’adoption.


    [5]  – La reconnaissance vocale médiatique est beaucoup plus complexe que sa variante individuelle, le traitement de texte. Jusqu’à récemment, l’une et l’autre ne « comprenaient » jamais ce qu’elles transcrivaient. Elles utilisaient les astronomiques capacités de calcul des ordinateurs pour proposer ce qui, d’après les paramètres donnés, se présentait comme la solution la plus probable. Même les nombreux homophones et métaphonèmes (est / et, etc.) du français, n’ont pas empêché le pionnier du genre, Dragon reconnaissance vocalec, de proposer rapidement des solutions efficaces avec très peu de « fautes ».

    Lors de son intronisation au Télé-journal de fin de soirée, les performances du CC (pour Closed Captioning) seront à surveiller. Soit qu’elles aient été remarquablement et rapidement améliorées – ce qui, en cette période de développement foudroyant de l’artificiel censément intelligent[6] (AI), ne serait pas étonnant -; soit que la Société d’état ait décidé de prévenir le problème par une formation adéquate, soit les deux… Quels que soient les résultats, elle ne sera pas critiquée pour sa diction pas (tout-à-fait) de souche : bouclier de la célébrité, surtout médiatique .


    [6] – Outre la remarque ci-dessus, pour le domaine qui nous intéresse, cette autre observation en tempère le terme : le traitement d’un nombre, encore une fois incalculable, de données, d’où les gigantesques centres ad hoc. La championne de la correction linguistique, la compagnie Druide, l’a-t-elle bien pressenti quand elle a lancé son Dictionnaire de co-occurrences en 2012? Ces 450.000 (quatre cent cinquante mille co-occurrences!) sont susceptibles de donner le coup de pouce voulu à ces traitements automatiques dans la mesure où elles leur permettent de prévoir les combinaisons d’énoncés statistiquement les plus fréquentes, donc les plus probables. Exemples pris au hasard : quelque 500 co-occurrences pour les mots expérience, expérimentation, expert… …indépendant/ …mandaté,/ … judiciaire/ … médical/ etc.

    Les immigrés ordinaires

    Un tel paravent ne protège pas celles et ceux qui sont venus d’ailleurs. De continent d’immigration massive pendant des siècles, notre pays aussi est devenu très sélectif dans l’accueil des nouveaux arrivants. Alors qu’autrefois un simple tampon et à l’occasion un arrangement patronymique suffisaient à « l’intégrer[7] », le nouvel arrivant d’aujourd’hui subit un processus de sélection complexe et parfois saugrenu : points adaptatifs, facultés linguistiques croisées, vérification numérique des compétences professionnelles, ancrage territorial… et improvisations politiques! À part quelques experts et immigrants investisseurs, le long parcours est essoufflant, rebutant et plus ou moins traumatisant.

    Pas étonnant que nombre d’entre eux se crispent lorsque, dès qu’ils ouvrent la bouche, on leur rappelle par une question apparemment innocente qu’ils ne sont pas d’ici. Langue pour langue contre œil pour œil?


    [7] – Dans la tradition de l’immigration de masse, l’intégration n’était qu’apparente. Elle ne se posait pas vraiment au moins pour la ou les premières générations : les enclaves ethniques (Quartier chinois, Petite Italie…) et même religieuses frôlaient le ghetto avec la fourche des deux langues officielles qui longtemps ne se mélangeaient pas. Se faire « rebaptiser » Steinberg et tutti quanti n’aide pas à l’intégration dans la francophonie…

    Après une génération seulement, la plupart des immigrants n’accèdent toujours pas au statut de souche.

    La cause de ces barrières? toutes les sortes de frontières…

    L’espace médiatique mondial étant vampirisé par un nombre incalculable de sites où le culte de la personnalité, nourrie par un flux de messages et de tweets, l’emporte souvent sur l’information; où des événements, politiques ou pas, sont provoqués pour(?) pouvoir les commenter abondamment ou sur des faits dissimulés pour(?) pouvoir y échapper légalement, LA CONSERVATION privilégie une « approche de contre-information dans des billets d’opinions engagés. »

    Ayant choisi de prendre le maquis du pseudonyme, certains collaborateurs s’y expriment anonymement, tout en s’engageant à respecter les règles usuelles de la bonne pratique journalistique.

  • Des baigneurs, mais pas de bateaux au canal Lachine?

    par La Conservation

    Le GRAND SPLASH organisé par la Fondation rivières conjointement avec quelques autres organismes, fait la promotion de l’« accès aux berges » du fleuve et de la baignade dans ses eaux. En 2 026, ce grand événement festif a eu lieu à l’emplacement de l’« ancienne » marina de Lachine. Avec plus de 300 participants, l’événement a été un réel succès. Plus ou moins entaché par le fait que, en même temps, l’administration centrale de Montréal a sonné le glas du retour de la marina… Or l’un ne va pas sans l’autre, ce que la presse n’a souligné qu’occasionnellement.

    Contribution du nautisme à l’événement

    À notre connaissance, aucun média n’a rapporté le fait que l’événement s’est tenu grâce à près de 200 m d’appontements et une rampe d’accès. « Vestiges » de l’ancienne marina ou pas, ce succès a montré la complémentarité de la baignade et de la navigation de plaisance : les uns sont des estivants qui viennent de terre, les autres de l’eau. Ne favoriser que « l’accès à pied[1] » est trompeur. Vu le nombre très restreint d’accès, les baigneurs arrivent de loin, donc… en voiture. Se pose donc la question du stationnement, exactement comme pour les remorques à bateau. Un problème majeur lorsque des tarifs discriminatoires sont imposés aux non-résidents[2].

    La demande générale, « non-usagers, non-résidents » compris, c’est d’accéder à un bien patrimonial historiquement voué à la navigation. Les plaisanciers pour les rives; les baigneurs pour l’eau : échange réciproque de bons procédés.

    Réclamer la fixation de « la limite de la zone publique […] à 20 mètres du plan d’eau[3] », c’est oublier que le plus important de tous, notre Saint-Laurent, est soumis à marée à partir de Trois-Rivières avec des estrans plus ou moins considérables. Si la définition des plus hautes eaux prête facilement flanc à la contestation, c’est que toutes nos eaux sont aussi soumises à un « marnage » annuel plus ou moins important dû aux crues printanières.

    Une marina : des aménagements combinés

    Selon les cas, une marina inclut non seulement des appontements protégés, mais aussi un atelier de réparation voire un petit chantier naval et un restaurant avec un accès au public limité, sinon carrément interdit. On retrouve alors l’esprit sinon la lettre des clubs de chasse et de pêche d’antan : les membres jouissent d’un accès bien aménagé au domaine hydrique, mais pas le reste de la population. Entre autres limitations, les places de stationnement avec ou sans remorque à bateau et les rampes de mise à l’eau – souvent cadenassées – ne sont pas accessibles à l’ensemble du public.

    À Lachine, la solution n’est pas le développement de vastes complexes comme ceux évoqués ci-dessus : non loin, marinas et municipalités gèrent déjà la clientèle de la flotte aisée fortement motorisée. Ce qui manque, ce sont les appontements pour la baignade et les rampes pour la mise à l’eau d’embarcations modestes, notamment celles des pêcheurs, les derniers usagers de ces chaloupes qui, il y a un demi-siècle, ont fait la fortune des petits constructeurs de bateaux au Québec. Et ce partout, aussi bien sur le pourtour des innombrables lacs que le long des rives de nos grandes rivières navigables, Saint-Laurent et des Outaouais.

    À Lachine, baignade et appontements (sans service ou le minimum) sont tout à fait compatibles. Le vaste bassin où s’est tenu le Grand Splash se propose spontanément comme un modèle du genre : à l’ouest, la section  « marina » limitée aux embarcations ouvertes de faible longueur et aux moteurs bridés; à l’est, les baigneurs; le tout divisé par le Nouveau parc riverain de Lachine « naturellement ».

    La nature et l’histoire

     Naturellement? Pas seulement. Le vaste complexe des canaux successifs de Lachine rappelle l’importance historique marin du site, aspect évacué tant par les décisions passées pour le démantèlement de la marina que pour l’événement récent que constitue le Grand Splash. Ce n’est pas dans le fleuve que la population demande des aménagements pour la baignade, c’est dans le canal, dans le bief d’amenée de la plus grande écluse. Au seul emplacement où on trouve un exemplaire des gabarits consécutifs d’un ensemble qui ne manque pas d’observations inédites.

    Canal latéral et de jonction

    À part les canaux d’irrigation, on en observe trois types : la rivière canalisée, le canal latéral et le canal de jonction. Sauf la première version, ceux de Lachine étaient des deux types à la fois : en longeant de loin le Fleuve, le canal n’était plus tout à fait latéral[4]; en le reliant au lac Saint-Louis, il est de jonction. Dans tous les cas, il bénéficiait du généreux débit du Fleuve pour son alimentation.

    Un bassin à flot intermédiaire

    À Montréal, la dernière version, plusieurs fois élargie et approfondie, présente une combinaison de bassins à flot et d’écluses : un bassin à flot est un bassin portuaire fermé par une [seule ] écluse ou un sas permettant de maintenir le niveau d’eau constant à l’intérieur. Les deux Bassins des éclusiers mesurant ±150 m x 45, eux, sont enchâssés par 2 écluses de 82 m x 14 aux dernières dimensions du canal. (En Europe, à l’époque, elles n’ont que 39 m x 5,20.) Une illustration montre comment le bassin à flot servait à plusieurs opérations courantes pour ce type de manutention alors que les écluses ne pouvaient accommoder qu’un seul bateau lachine pleine grandeur à la fois.

    https://schema.uqam.ca/cartes/PassePortuaire_Lachine_FR.html

    Fluvio-maritime

    Sur les grands fleuves d’Europe – Seine et Rhin, notamment – l’accroissement du gabarit au-delà de 2 350 t., a récemment suscité une flotte mixte spécialisée appelée fluvio-maritime. Ici, ce tonnage était depuis longtemps presque atteint avec les derniers navires construits et des bassins expressément voués aux océaniques (le bief n° 1.) La profondeur utile[5] de 6 m en faisait « le terminus [maritime] de Montréal ». Les navires qui continuaient jusqu’aux Grands Lacs étaient les précurseurs de l’actuelle Voie maritime et auraient mérité le titre – avant la lettre – de maritimo-fluviaux. Alors que le tonnage d’une péniche Freycinet européenne n’est que de 350 t., un canaller – ou simplement – un lachine pouvait presque atteindre 3.000 tonnes! Pas loin de celui du canal de Suez qui, creusé dans le sable et non le roc, ne comporte – comme on le sait – aucune écluse.

    Feature. Lachine Canal, 25 juillet 1948, Archives nationales à Montréal, Fonds Conrad Poirier, (06M,P48,S1,P16544), Poirier, Conrad.

    Même avec ses 270 tonnes seulement, la goélette du Saint-Laurent qui cabotait autant dans l’estuaire que dans le golfe, était aussi un autre précurseur du concept fluvio-maritime.

    https://goelettesduquebec.ca/caboteur.html

    Pour le demi-tour dans le « terminus », le vaste bassin Peel servait au retournement (ou évitage) des navires océaniques! Dans Griffintown, les bassins dit à farine et Saint-Gabriel sont à 4,3 mde profondeur, celle du reste du canal sur toute sa longueur. Beaucoup plus que les 3,7 m du New York Barge Canal qui n’a guère reçu de steamers. Et infiniment plus que le 1,60 m des ports intérieurs de Duisbourg sur le Rhin (le plus important d’Europe) et de Paris à la même époque.

    Navire dans le Canal Lachine, 1941, Archives nationales à Rimouski, Fonds J.-Gérard Lacombe (En traitement), (01R,P24,S4,D136,P25), J.-Gérard Lacombe.

    Pour en revenir au Grand Splash, il s’est tenu à l’endroit même où, de 1 853 à 1 880 opéra le vapeur Iroquois, le traversier-rail construit par Augustin Cantin pour relier par chemin de fer Lachine à Caughnawaga : une locomotive et trois wagons! Pratiquement une première en Amérique du nord! À côté de l’ouvrage bien documenté sur l’histoire du « berceau de l’industrie au pays [6] », diverses autres publications, la plupart disponibles sur Internet, sont trop ponctuelles et ne rendent compte que d’aspects partiels, parfois mineurs.

    La première production de force motrice hydraulique

    Dans la plupart des canaux, le courant est très faible jusqu’à être presque nul en période d’étiage, ce qui facilite la navigation. Celui de Lachine s’élevait au contraire jusqu’à 4 km/h et augmentait un peu à chaque éclusage et ses lâchers d’eau de quelque 3 500 000 litres! Pour deux innovations importantes : pour exploiter la force motrice hydraulique de la chute importante du bassin n° 2 et de l’écluse Saint-Gabriel dès 1 825, puis 1 848; et, grâce au généreux débit du Fleuve (±10.000 m³/s), pour alimenter en eau les industries de plus en plus nombreuses venues s’installer, y compris et surtout les machines à vapeur mues au charbon. Pour éviter un courant qui aurait freiné les navires (d’abord limités à 6,4 km/h, puis à 9,6 en 1 924 seulement) les ingénieurs ont dû calculer la largeur du canal en fonction des nombreuses et importantes prises d’eau. (La centrale hydro-électrique du même nom, elle, n’est entrée en service qu’en 1 897 et a donné le coup d’envoi aux tramways électriques.)

    Des industries variées

    Contrairement à la petite rivière Ruhr canalisée pour n’héberger presque exclusivement que la sidérurgie allemande, outre les transbordements divers (pondéreux : grains, houille…), le canal a permis l’établissement d’une industrie exceptionnellement variée, incluant plusieurs chantiers navals (dont celui d’Augustin Cantin longtemps célèbre) et même des cales sèches installées dans les écluses abandonnées et remplacées par d’autres agrandies.

    Des ouvrages d’art exceptionnels

    Au nombre des industries lourdes on compte des constructeurs de ponts au nom encore célèbre aujourd’hui. C’est la Dominion Bridge qui a érigé le pont basculant Gauron, le plus imposant du type Strauss à son ouverture en 1 913. Ainsi que, juste à côté, une version modernisée de pont Scherzer, son concurrent. Une combinaison exceptionnelle!

    Noter l’allégement de la structure du pont construit en 1 959 (à droite sur la photo aérienne)

    Quant au tunnel Wellington (1 929), il « témoigne de l’époque où Griffintown grouillait de vie », avant le dézonage des années 1 970-80. »

    Tunnel Wellington, 1961-1968, Archives nationales à Montréal, Fonds La Presse, (06M,P833,S4,D2114), Photographe non identifié.

    Conclusion : même des travaux récents rappellent le passé historique

    Lors de la construction de l’échangeur Turcot en 1 967, des bretelles à 18 m et plus s’élevaient au-dessus du plan d’eau pour le passage des derniers lachine. Conséquence de la fermeture définitive en 1 970, le tirant d’air a été ramené à 2,4 lors de la reconfiguration récente de l’échangeur.

    Vocation historique du canal rouvert?

    200 ans après le début des premiers travaux[7], la brève évocation du très riche passé industriel et technique du Canal, nous impose un devoir de mémoire. Bien sûr, on ne pourra jamais plus voir naviguer un « canaller », un lachine, ces curieux navires dont, pour la plupart, la timonerie était installée à la proue : raisons évidentes de visibilité, pour éviter – vu leur gabarit exceptionnel pour l’époque – qu’ils ne heurtent de tout leur poids le point le plus faible des écluses, leurs portes. Mais les plaisanciers qui transitent pourraient, à côté des ponts Gauron et Lachine, disposer d’un appontement pour aller consulter une documentation appropriée. Là et ailleurs.

    Banq.numérique

    Durant la période de somnolence, ce sont les cyclistes qui ont pris la relève sur les bandes cyclables. Usagers venus de plus ou moins loin, pour un certain nombre en automobile, en période de pointe, leur nombre est comparable à la densité du canal à son apogée : congestionné.

    Des baigneurs et pas de bateaux?

    La réouverture en 2 002 aurait pu favoriser une fréquentation comparable au canal Rideau à Ottawa, y compris une patinoire pour le concurrencer. Mais ici, à part nombre de témoins d’une architecture industrielle inestimable qu’on a sauvés et imités, l’Histoire s’écrit avec une minuscule et barbotte dans le béton et le cambouis. Il n’y a donc aucune contradiction à ce qu’une flotte motorisée y circule. Mais à part la Halte de la grue LaSalle-Coke et un autre appontement pour le Marché Atwater, les bateaux de plaisance n’y passent guère qu’en transit faute d’accès aménagés pour des visites orientées vers d’autres vestiges intéressants et bien conservés. Il n’y a guère qu’à proximité de la passerelle Sir-George-Etienne et ailleurs, qu’une flottille ultralégère, composée pour une bonne part de kayaks voire d’engins de plage, en profite aussi.

    Banq.numérique

    Alors que le nombre de cyclistes frise annuellement le million, on ne relève – officieusement – que quelque 1 500 bateaux de plaisance. Ce déséquilibre ne rend pas justice à la richesse historique exceptionnelle que nous n’avons ici qu’évoquée rapidement…

    Feature. Lachine Canal, 25 juillet 1948, Archives nationales à Montréal, Fonds Conrad Poirier, (06M,P48,S1,P16544), Poirier, Conrad.

    Plaidoyer pour la baignade et une marina d’escale à Côte-Saint-Paul

    Qu’ils soient locaux ou venus de l’extérieur, les usagers les plus légitimes de cette voie de transit, les plaisanciers – et avec eux les baigneurs (pas l’inverse…) – méritent d’avoir leur accès à la Côte-Saint-Paul, là même où s’est tenu le Grand Splash. Une escale de transit leur permettrait d’aller pêcher sur le lac ou sillonner le remarquable réseau cyclable sans écluser pour rentrer dans les biefs. Ce choix serait éminemment « responsable[8] » (comme le veut la mairesse actuelle de Montréal, Soraya Martinez Ferrada.) Ce qu’il convient de considérer, c’est la manière dont, à l’époque, la marina a été fermée à Lachine. En attendant de disposer des documents voulus suite à une demande d’accès à l’information, une réouverture partielle et sommaire devrait être envisagée. Avec de simples appontements dans le domaine hydrique public.

    On rétablirait alors l’équilibre entre d’une part les plaisanciers et les baigneurs avec, de l’autre, les utilisateurs beaucoup plus nombreux qui profitent du Canal sans jamais se jeter à l’eau. Si les scénarios alternatifs n’ont pas été étudiés, nous suggérons des installations minimales. Exactement comme celles que réclament les baigneurs et dont on a vu l’efficacité ce 12 août 2 026 lors d’un Grand Splash particulièrement réussi : de longs appontements avec une simple rampe d’accès.

    Au lieu de la version club privé des autres marinas du lac Saint-Louis, on aurait alors, en amont des rapides de Lachine, une autre petite marina comme celle de Verdun. Avec une vocation modeste de halte et d’escale. Est-ce ce qu’a en vue la mairesse de l’arrondissement de Lachine, Julie-Pascale Provost? Ce serait « responsable ».


    Feature. Lachine Canal, 7 août 1948, Archives nationales à Montréal, Fonds Conrad Poirier, (06M,P48,S1,P16592), Poirier, Conrad.

    Piscines privées et accès à l’eau

    Comme tout autre État, le Québec se démarque par une liste de records prouvés ou avérés : l’électricité (presque) la moins chère, le syndrome de la « pièce inoccupée »…  Mais c’est aussi « le royaume de la piscine privée[9] », alors que le taux d’accès à des plages est très faible. Même si « corrélation n’implique pas [nécessairement] causalité », on est en droit de se demander si des familles résolument nomades n’opteraient pas plutôt pour des balades variées dans toutes les directions balnéaires au lieu de cet arrangement résolument sédentaire d’un coût moyen estimé à 5.000$. De 50 à 100 « nomades en moins » suffiraient pour éponger les coûts d’installation d’une baignade publique dans le secteur du canal à Lachine. Et, contrairement à l’eau des piscines qui requiert un entretien onéreux, celle des fleuves et rivières ne coûte rien à part des analyses de qualité , surtout après les fortes pluies.

    Le cas le plus affligeant est celui des pêcheurs qui ont absolument besoin d’un plan d’eau et qui ne peuvent promener leur petite barque comme ils le voudraient. (Se rabattre sur un bassin où ils taquineraient la truite à domicile n’a aucun sens…) Éternels oubliés[10] de toutes les politiques, administrations et organismes, ils ont droit eux aussi à des installations adéquates à la Côte-Saint-Paul.

    Pêcheur préparant ses prises sur le bord d’une rivière, 1943, Archives nationales à Québec, Fonds Ministère de la Culture et des Communications, (03Q,E6,S7,SS1,D2,P17388), Herménégilde Lavoie.


    [1]https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2025-06-18/l-acces-aux-lacs-et-aux-rivieres-de-plus-en-plus-difficile-au-quebec.php

    [2] – https://www.lapresse.ca/actualites/2026-07-15/acces-public-aux-lacs/au-quebec-ne-se-baigne-pas-qui-veut.php

    [3] – id°

    [4] – comme le canal de Chambly et la Voie maritime

    [5] – différente du tirant d’eau, « distance verticale entre la surface de l’eau et le point le plus bas du bateau ».

    [6] – DESLOGES, Yvon. Le canal de Lachine : du tumulte des flots à l’essor industriel et urbain, 1860-1950, Sillery, Septentrion, 2002, 214 p. Si cette remarquable publication traite bien des navires et de leurs cargaisons, elle passe plutôt sous silence les défis nombreux de la conception et de la construction d’un tel ouvrage d’art et des bâtiments qui y circulent.

    [7]https://parcs.canada.ca/lhn-nhs/qc/canallachine/info/blogue-blog/200ans-souvenirs-200years-memories

    .[8]. – https://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/2026-07-10/marina-de-lachine/soraya-martinez-ferrada-fait-une-croix-sur-la-reouverture.php

    [9].https://www.ledevoir.com/actualites/environnement/995597/quebec-royaume-piscine-privee

    [10]http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2268159/peche-sportive-accessible-quebec-lac-riviere

     Lachine, Île de Montréal – Canal – Pont et bateau, [1950], Archives nationales à Québec, Fonds ministère de la Culture et des Communications, (03Q,E6,S8,SS1,SSS515,D1916), Gérard Morisset.

  • TGV, « moins pire » qu’une autoroute

    par La Conservation

    Pour le futur TGV, le chef du Parti québécois a annoncé une bombe de dépassements pour un total de 200 milliards. Mais ce chiffre serait probablement atteint même si le projet de TGV n’est pas entrepris. Il serait alors consacré à d’immenses chantiers autoroutiers réclamés par ceux qui se sont opposés aujourd’hui au projet. Les emprises étant comparables pour les deux ouvrages, quelques retours historiques récents pour fins de comparaison…

    Autoroutes : les cas les plus récents

    A-30 et A-35 sont régionaux : Montérégie ouest et Haut-Richelieu. De Vaudreuil à Varennes, sur près de 100 km, l’autoroute 30 dessert essentiellement des banlieues et des couronnes. L’A-35, elle, ne traverse qu’une seule municipalité d’importance : Saint-Jean. Le reste se trouve entièrement en territoire agricole fertile. La proportion des sorties est légèrement différente : dans les 3 au km pour l’A-30 avec trois échangeurs majeurs (autoroutes 40, 10 et 20): cinq pour l’A-35, qui part de l’A-10.

    C’est l’étrange combinaison de considérations environnementales (menées par le BAPE) et techniques qui est à l’origine du retard considérable de mise en service d’une section de près de 10 km de l’A-35 : les difficultés d’approvisionnement de longues poutrelles d’acier nécessaires au pont SANS pile sur la Rivière aux Brochets pour la protection des tortues[1]. Quant aux terres agricoles, une simple consultation des cartes disponibles en ligne montre que, ici comme partout ailleurs, on a observé la règle d’implantation de moindre impact en suivant les lignes d’adossement des parcelles cultivées. Sauf au début où on a purement et simplement converti la route 133 en autoroute : faute de passage supérieur – doléance courante contre toute ligne à haute vitesse (LGV) -, le chemin Saint- Raphaël est coupé par deux culs-de-sac.

    [1]  – Plus chanceuses que le chevalier cuivré au port de Contrecœur en construction sur son habitat…

    L’A-10 faisant aussi barrière, il est impossible de se rendre au plus court de Saint-Luc à Chambly en véhicule non immatriculé par l’A-35. Un obstacle majeur à la mobilité très peu souligné par les élus locaux, les responsables des grands projets et même les organismes de défense des cyclistes. L’automobile non seulement triomphe, mais elle le fait au détriment des autres usagers.

    À l’origine, sauf à Saint-Bruno même, l’A-30 constituait plus ou moins la limite des terres protégées par la Commission de protection du territoire agricole. À une certaine époque, des spéculateurs laissaient de vastes champs en friche pour de considérables profits ultérieurs, une promesse de gratification contre laquelle l’UPA et la majorité des agriculteurs ont longtemps protesté en vain. Depuis, de part et d’autre, l’A-30 est devenue l’artère où se sont développés quantité d’espaces commerciaux (Promenades Saint-Bruno) et industriels. Et récemment la Station Brossard – REM.

    Retournement de situation : ce sont les automobilistes et leurs élus qui les ont autrefois réclamées à corps et à cri, qu’on entend aujourd’hui se lamenter tapageusement contre la congestion des autoroutes :comme le souligne un article de La Presse (« La circulation s’étend hors de Montréal »), c’est devenu la règle non seulement aux heures de pointe, mais n’importe quand aléatoirement, et même plus. Pour l’A-30, les plans pour l’ajout d’une voie supplémentaire entre l’A-10 et l’A-20 sont déjà évalués : au moins 100 millions de dollars, un « dépassement des coûts » – reproche adressé d’avance au TGV – pas prévu à l’époque.

    Les autoroutes de banlieue finissent par casser le rêve de « cité en campagne » qu’elles avaient promis : l’étalement urbain a fait place à la densification; commerces et entreprises se sont développés pour desservir des populations actives et aisées de plus en plus nombreuses. Au point que, « aux États-Unis, la banlieue ne fait plus forcément le bonheur » (Le Devoir), mais génère un taux d’« épuisement professionnel […] élevé. » Record. Exemple entre autres irritants : les feux doivent gérer à la fois une circulation automobile nerveuse et dense, indisposée par des piétons trop lents traversant des aménagements à 4 voies et plus!

    Mirabel et Saint-Hubert?

    A l’époque, ce qui a rendu le charcutage des terres à Mirabel problématique, c’est l’incontournable orientation des deux pistes d’atterrissage et de décollage, loin d’être ajustée avec les lignes d’arpentage agricole. Copié par l’A-50 et son vaste terre-plein, l’ensemble déroge au principe d’évitement. Une LGV (comme une autoroute) peut aisément se plier à cette contrainte irritante. Le milieu agricole peut donc se rassurer.

    Ironie du sort : quand le trafic aérien a quitté YMX pour retourner à YUL, les quelques usagers réguliers des basses Laurentides ont regretté ce déménagement. Gageons qu’un nombre appréciable de membres du personnel pensait aussi s’y être établi en permanence.

    Qu’on ne s’y trompe pas : même si, avec le REM, YUL peut être un peu soulagé pour les liaisons nationales, le même chaos routier attend le nouvel aéro-port de Saint-Hubert. Alors que les gigantesques stationnements (± 7 ha!) pointent nettement vers l’auto solo, A-30 et route 116 sont aussi congestionnées que celles de Dorval. Et les autres voies d’accès sont des routes de campagne pas adaptées au trafic qui attend YHU. Pour le moment, une seule navette d’autobus dessert le terminal à partir du métro Longueuil, mais aucune à partir de la gare de banlieue Saint-Hubert toute proche : on peut bien regretter que le projet de prolongement du métro ne se rende pas jusque-là (voir autre texte de La Conservation.)

    LGV / autoroutes

    La congestion constitue inévitablement une menace pour une autoroute (faudra-t-il un jour mettre l’A-20 à 3 voies jusqu’à Drummondville ? ) Pas une LGV. Pas ici. « Moins pire ».

    Les sorties et échangeurs autoroutiers occupent une dizaine d’hectares si elles sont simples, en diamant; jusqu’à dix fois plus pour les échangeurs (60 pour Turcot[2] (avec un record de 122 à Cambridge en Ohio : 1,2 km2!) La LGV ne grignote pas de telles superficies de bonnes terres arables : une fois sorti des gares, le TGV file tout droit. Bref, il est « moins pire ».

    [2] – Approximativement la superficie de TROIS fermes traditionnelles d’antan au Québec de 70 arpents chaque.

    Avec le développement fulgurant du camionnage après la généralisation du conteneur, les autoroutes connaissent un flux constant de véhicules lourds, jour et nuit. Les TGV, eux, roulent entre les deux extrémités des heures ouvrables. Bref, ils sont « moins pires ».

    Sur une autoroute à fort débit, le niveau sonore « oscille généralement entre 80 et 95 dB(A) à proximité immédiate (à environ 10 à 15 mètres)» et pas seulement pour le bruit des moteurs, mais aussi ceux de roulement (sur l’asphalte et – pire – sur le béton…) du chapelet de véhicules lourds, considérables quand ils s’accumulent. Toute la journée et de plus en plus une bonne partie de la nuit. En milieu urbain, ce niveau critique est tempéré par le bruit ambiant plus ou moins élevé. En campagne, il porte loin (jusqu’à 1 km) et, à proximité, s’impose brut à la tolérance des résidents, dépassant le seuil d’inconfort. D’une seule pièce, les TGV n’étant pas restreints en dimensions, depuis les débuts, leur nez, leurs boggies et leurs rails font l’objet d’améliorations constantes en soufflerie et en matériaux. Aussi aérodynamiques que les plus bruyants des planeurs[3], ils sont beaucoup plus silencieux. Et passent en solo à toute vitesse au lieu de l’incessant ruban tapageur du camionnage. En évitant les localités de moyenne importance qu’ils ne sont pas obligés de desservir, leur tracé passe souvent aussi loin que possible des résidences. Les autoroutes finissent toujours par s’en rapprocher ou s’en faire rattraper. Bref, TGV « moins pire ».

    [3] – À titre de comparaison, « autour du nouvel aéroport de Saint-Hubert (YHU), l’impact sonore pour les riverains – qui ont beaucoup protesté – varie […] en moyenne de 50 à 60 décibels (dBA). En comparaison, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une limite de 45 dBA pour les zones résidentielles. » Qui se rappelle cette annonce d’une compagnie automobile qui comparait le niveau sonore dans l’habitacle d’une voiture au silence particulièrement soigné avec le cockpit – beaucoup plus « bruyant » – d’un planeur dans les airs?

    La grande presse et les médias ont récemment fait état des traficotages sur les systèmes antipollution dans l’industrie du camionnage. Ils n’ont pas soufflé un mot pour les autobus de plus en plus nombreux à circuler dans les villes et les banlieues, ces monstres de pollution qui, avec les automobiles, contribuent de manière critique à l’effondrement de la planète. Les plus récents TGV – notamment les derniers modèles qui viennent d’être mis en service en France – sont des parangons de sobriété. Bref, TGV, bien « moins pires. »

    Les autoroutes conduisent encore et toujours des flots de voitures à des stationnements[4]. De moins en moins nombreux en ville , en banlieue, REM-Brossard, stations Panama et Laval explosent. Au lieu d’autos solo, ce sont des navettes autobus qui devraient y mener à partir des stationnements incitatifs – trop petits, trop peu nombreux – des couronnes. Les trains, eux, s’épargnent ces précieux terrains en prenant leurs passagers aux centre-villes : espérons qu’on évitera ici les « gares betteraves » érigées en France entre deux agglomérations, parfois à plus d’une dizaine de kilomètres. Cet écueil évité, TGV, « moins pires. »

    [4] Est-ce à cause de la concurrence du REM à la station Panama ou tout simplement pour ses besoins qu’Hydro-Québec vient de sacrifier un vaste stationnement plus ou moins sauvage au sud du pont Jacques-Cartier pour y construire son nouveau poste de la Montérégie.

    Un simple accrochage produit un bouchon monstre sur toute autoroute. Les accidents plus graves de nombreux blessés plus ou moins fatals. De tels accidents sont rarissimes en ferroviaire qui partage, avec le fluvail et la maritime, un taux de sécurité très élevé. TGV, « moins pires. »

    Les opposants au TGV allèguent que, avec les sommes élevées du projet, on pourrait rattraper les nombreux retards accumulés : gaspillages démesurés de fonds publics, déficit généralisé du maintien des actifs, dégradation considérable des services aux citoyens… Ce trou colossal est dû à des choix politiques (auto)routiers occultés depuis des années : dont récemment échangeur Turcot (3,7G$ au lieu de 1,5); Nouveau pont Samuel de Champlain (4,2G$); Pont-Tunnel (2,5G$); Pont de l’Île-aux-Tourtes (2,5$) qui s’ajoutent aux innombrables autres chantiers sous le milliard[5]. Cette liste d’incontournables l’est-elle autant que la dégradation des hôpitaux et des écoles? AUTOROUTES, BIEN PIRES.

    [5] Autres coûts dépassant 1G$ : tramways de Gatineau et de Québec (comme la ligne bleue), les 5G$ actualisés du Stade olympique, à côté desquels le demi-milliard d’expo 67 apparaît bien modeste pour beaucoup plus.

    Malgré tout : si le projet de LGV était une autoroute, il n’y aurait pas autant de monde pour protester contre ce grand chantier.

    TGF?

    Différences entre un TGV et un train à grande fréquence, parfois préconisé à la place du TGV : alors que ce dernier roule sur des emprises réservées, complètement clôturées et sécurisées, le TGF exploite des voies existantes, améliorées : voies doublées, contournement des agglomérations problématiques, aucun passage à niveau[6]… etc. Pour beaucoup moins cher, bien sûr. Une ligne du CP relie Québec à Gatineau en passant par Laval sur les rives nord du Fleuve et de la Rivière des Outaouais. Il n’y aurait à exproprier que pour le doublement des voies et la déviation des localités[7]. Avec les économies réalisées, on pourrait revitaliser ce qui reste du vaste patrimoine ferroviaire d’antan. Par exemple, le chemin de fer de la Gaspésie.

    [6] – y compris les nombreux passages à niveau privés, essentiellement agricoles et dont les coûts d’entretien et d’assurance viennent d’être refilés aux exploitants. Voir https://ofa.on.ca/ressources/il-y-a-une-difference-entre-les-passages-a-niveau-prives-et-les-passages-a-niveau-de-ferme-et-elle-est-importante/ 

    [7] – Le maigre trafic lourd bénéficie d’autres voies proches.

    Ailleurs dans le monde, les TGF se sont implantés dans des pays densément peuplés. Un train ultra-rapide peut donc être précédé d’un omnibus qui ramasse la clientèle au prochain arrêt, et suivi d’un autre qui le redistribue dans les petites gares au fur et à mesure. Dans nos campagnes peu peuplées, nous n’avons pas cette masse critique pour un tel scénario.

    Au lieu des pays germaniques et scandinaves – terreau favori des TGF -, notre pays ressemblerait plutôt à la France (et à la Chine?) où les méga(lo)pôles concentrent une large partie de la population[8] que les TGV relient en traversant à toute vitesse des campagnes plus ou moins « vides » .

    [8] – Grande région de Montréal : ± la moitié de la population du Québec…  Exception? les Shinkansen japonais qui desservent un pays particulièrement densément peuplé.

    Obstacles : sur ce continent, le ferroviaire reste du domaine privé voué au transport des marchandises. (ViaRail en sait quelque chose!) Même si elles sont moindres que pour une LGV, les contraintes d’un TGF exigent une coordination centralisée efficace difficile à réaliser dans un pays où les multiples niveaux de gouvernement se disputent toujours pour refiler la facture au voisin.

    Le débat fondamental du choix de l’alternative LGV ou TGF a-t-il été entrepris? l’étude comparative des divers types de retombées, pas seulement économiques, effectuée? Les tenants des autoroutes pourraient vouloir profiter du flou…

    Et Mirabel? (bis)

    Le nombre de stations TGV est connu. Il y manque Mirabel! Un jour ou l’autre, on n’aura pas le choix de revenir à YMX. Ce serait une erreur de planification grave de ne pas prévoir cet indispensable retour. Comme ça l’a été de ne pas y avoir procédé à l’époque où on a planifié ce gigantesque chantier. Parce que les trains sont des modèles de multimodalité[9]. Tant que l’obsession de la croissance constitue le modèle économique universel, les opposants au projet ont raison : ce qui coûte cher, ce sont les négligences de planning à long terme!

    [9] Le raté le plus patent est celui de la triple gare (presque) multimodale de Dorval : autobus, trains VIA et de banlieue. Il aurait suffi de prolonger le REM de moins d’1 (un!) kilomètre pour en faire un quadruple intermodal exemplaire.

    L’emprise de la LGV dans le terre-plein autoroutier?

    Pour rassurer le milieu agricole et la société civile de Mirabel, un nouveau saccage pourrait être évité en érigeant la LGV en aérien sur des piliers implantés dans le terre-plein de l’A-15, large de ±20 m après la sortie des agglomérations. A l’image du projet de monorail MGV suspendu à des pylônes érigés dans celui de l’A-20. Le coût supplémentaire des viaducs, le léger détour et la réduction de vitesse modérée dans quelques courbes trop prononcées valent-ils aujourd’hui le milliard(?) de dollars probable qu’il faudra plus tard pour relier YMX au réseau TGV?

    Dans Portneuf, sur plus de 50 kilomètres, le terre-plein de l’autoroute 40 a ±60 m de largeur, celle même requise pour implanter à niveau une LGV. La zone peu urbanisée et peu cultivée avec peu d’intersections requiert donc peu de ponts de franchissement (ou d’étagement.) Ailleurs, de Trois-Rivières à Repentigny, et sous réserve des restrictions agricoles ou environnementales, plusieurs larges portions de l’A-40 longues de 5 km ou plus pourraient aussi être exploitées.

    Aucun des inconvénients ou des défis techniques n’étant insolubles (effets aérodynamiques, vibrations, etc.), la Ville de Trois-Rivières a raison de privilégier l’emprise semble-t-il abandonnée du tracé rectiligne de l’A-40 au nord de l’agglomération. Avec la précaution de ne pas reproduire les erreurs de la gare multimodale Dorval ou de la station YMX Mirabel : prévoir que, un jour, on n’aura pas le choix de faire passer aussi le tronçon autoroutier manquant.

    Un effet REM?

    Comparable au REM par la logistique, la conception et la construction (un seul maître-d ’œuvre pour cet hybride entre métro et train de banlieue… pour un coût de presque 10G$[10] quand même…) et la promesse de s’attaquer à des problèmes majeurs de mobilité, porté par son effet d’entraînement, le TGV d’ALTO devrait remporter un taux comparable d’approbation. S’il n’en est rien, c’est que l’interurbain autoroutier longue-distance ne montre pas encore de signes trop criants d’engorgement. Mais les bouchons chroniques de l’autoroute 401 dans le grand Toronto, les échangeurs de l’A-40 avec l’A-15, Décarie, Saint-Pierre et même le pont-tunnel rénové déborderont largement en dehors du cadre rigoureusement métropolitain. Un peu plus tard, mais sûrement plus tôt qu’on ne pense. Quant aux récriminations concernant les vociférations contre les pannes de rodage occasionnelles du REM, les usagers des autoroutes, urbaines ou pas, ont-ils oublié que, eux, une fois par jour, semaine, mois sont cumulativement pris dans des bouchons autrement monstres? Malgré tout, REM moins pire?

    [10] Pour un coût probable comparable à celui du prolongement de la ligne bleue quand elle sera finie. Service Rapide par Bus (SRB) Pie-IX : estimé à seulement 690 millions de dollars environ.

    Autoroutes / LGV

    Pour des coûts qui dépasseront inévitablement l’estimation fantaisiste de 200 milliards du chef du PQ, on n’aurait alors pas le choix soit d’augmenter encore le nombre de voies ou de réclamer de nouvelles autoroutes – dont le trafic induit finira, comme d’habitude, par ne rien régler. Au lieu d’avoir opté pour des trains rapides (maintenant), les 100 milliards – même dépassés – des LGV auraient alors coûté beaucoup moins cher.

    Comparaison France / Québec

    En fracassant la vitesse sur rail à 331 km/h en 1955, la France montrait – avec le Japon – son intérêt pour le TGV. Six ans plus tard, elle n’a que 179 km d’autoroutes, le Québec 65 seulement alors que l’Allemagne fédérale à elle seule en propose déjà 2.670!

    À l’inauguration de la première LGV de 409 km en 1.981, le réseau autoroutier français a atteint de son côté 5.200 km. Le rapport est de quelque 7,7%! Aujourd’hui, pour 2.800 km de LGV, il est monté à 22,76% (12.300 km : autant dire, à travers tout le territoire contre partout sur le territoire.)

    Quant au rapport km d’autoroute par habitant, il n’est quand même que de 1,6 chez nos « cousins » (69 M), mais s’élève à 2,1 chez nous (1.900 km pour 9 millions)! La différence ne s’explique pas seulement par la densité de la population : nous avons hélas! en commun la concentration de celle-ci dans une seule méga(lo)pôle. Nous avons asphalté plus parce que NOUS N’AVONS PAS LA CONCURRENCE DU TGV!

    C’est aussi le mode de financement qui explique nombre de ces différences. Dès 1955 la France a voté une loi PPP « pour développer rapidement le réseau sans peser lourdement sur le budget de l’état » : essentiellement, les infrastructures et leurs revenus sont confiés à des sociétés privées qui devront les remettre à terme à l’État demeuré propriétaire des emprises. La plupart des autoroutes sont donc à péage. Chez nous, seuls les grands ponts des A-25 et A-30 le sont pour un pourcentage ridicule[11] dans l’ensemble du réseau.


    [11] – On paie aujourd’hui très cher la frasque partiellement électoraliste du gouvernement de René Lévesque quand il a supprimé les péages sur les autoroutes et le pont Champlain en 1.984. Les sommes perdues auraient dû servir au financement du reste du réseau au lieu de puiser dans l’état providence au détriment d’autres urgences…

    La recette française actuelle? 40% de financement par l’état; l’équivalent localement; le reste par l’Union européenne. Proportions que enfin! le REM n’a rien à envier. Mais, sans même parler de piastres, Mirabel se chicane avec sa voisine Laval au grand bonheur de ceux qui sont contre…

    La décision des usagers

    L’obstacle majeur aux LGV reste un problème de vision chez les tenants découplée de la perception chez les opposants, surtout éventuels riverains : les usagers du réseau routier sont plutôt pour les autoroutes dont ils préfèrent éluder les inconvénients et qu’ils utilisent pour aller à Ottawa ou Québec pour manifester contre le projet de trains rapides. Ce que – en rigoureuse logique – ils devraient faire en transports en commun.

    Les dérives des usages

    L’acheminement porte à porte était la promesse des autoroutes urbaines. Enterrée depuis longtemps. Celle des transports en commun, de s’approcher de ce modèle idéal. Idem.

    Ce bipôle est décisif dans la mesure où les deux catégories d’usagers antinomiques sont insatisfaits de leurs conditions actuelles : les uns pour être régulièrement pris dans des embouteillages monstrueux étendus jusqu’aux moyennes couronnes où la construction ruineuse d’échangeurs sophistiqués sera tôt saturée d’après le principe de circulation induite. Les autres pour des correspondances – le maître-clef de la formule – loin d’être toujours satisfaisantes et cohérentes. Pour des usagers des banlieues et des couronnes – celles qui en sont séparées par une bande agricole -, quelques comparaisons en tableaux :

    AutomobileTransports en commun
    – rupture de fluidité
    (bouchon)
    – rupture de charge (correspondance)
    – surconsommation de carburant
    – dégradation des zones urbaines environnantes
    – hausse collective des rejets de GES / kilomètre
    – dégradation des véhicules (freinage, climatisation, moteurs)
    – détours ± considérables pour arriver à destination
    – détérioration des zones résidentielles aux arrêts
    – hausse ponctuelle des rejets de GES aux arrêts
    – bruit des véhicules (freinage, démarrage)
    – inconfort dû aux intempéries (froid, pluie, neige…)  
    – stationnement problématique à destination;
    – perte de temps a-normale systématique : retards
    – augmentation proportionnelle de la rage au volant
    – immobilité en position assise fastidieuse
    – impossibilité de respecter les horaires prévus
    – stress  
    – escaliers épuisants faute d’ascenseurs
    – chronométrage ± serré des correspondances : retards
    – saturation des foules en déplacement ou en attente
    – marches ou attentes debout prolongées
    – impossibilité de respecter les horaires prévus
    – stress  
    baisse de productivité généralisée due à la fatigue

    Les deux types d’usagers subissant des effets comparables pour des causes différentes : ceux des couronnes, qui ne devraient pas dépasser une heure en automobile, rejoignent plus ou moins les autres qui aimeraient ne pas en frôler deux en TeC. S’ils ont en commun d’être affectés par les facteurs temps / stress, la majorité des opposants au TGV // LGV n’ont jamais pris le train : sans savoir d’expérience de quoi il s’agit, entraînés par les politiciens et les médias, ils suivent la doxa en étant plus ou moins systématiquement contre.

    Pour un avis plus éclairé, surtout si le TGV risque de passer sur leurs terres ou près de chez eux, il faudrait qu’ils aient voyagé dans l’une de nos belles voitures sur roues fer sur fer au moins une fois.

    En offrant une compensation aux agriculteurs pour des relevés éventuels sur leurs terres, ALTO leur laisse l’impression d’acheter leur consentement. Pour leur adhésion au projet, ALTO devrait aussi s’entendre avec VIA pour accorder aux intéressés un billet de faveur pour Toronto, Québec, Montréal. Ou même pour Ottawa ou Rimouski, et pourquoi pas dans un train de nuit? Et, de surcroît, en passant par le REM.

     Billet nominal, bien sûr. Et en classe affaires ou 1e. Comme dans les avions.

    © laconservation.ca – 2 026

    P. S. Finalement, les décisions voulues ne seront prises ni par les politiciens, ni les technocrates, pas plus que par les électeurs, mais par les canicules, les feux de forêts, les étiages record, les ouragans… : les ultimes décideurs effectifs. À Palm Beach, sur une dune mobile stabilisée par la végétation côtière (zone de broussaille ou scrub), mais soumise à l’érosion éolienne et marine, il est une résidence de prestige ne dépassant guère d’un mètre (1 m) les niveaux actuels de la mer. La voix de la nature pourrait-elle un jour s’adresser à son plus illustre locataire?

    https://en-ca.topographic-map.com/map-hhc1gt/Palm-Beach/?center=26.62402%2C-80.04862&zoom=15&popup=26.62453%2C-80.03896


     

     



  • Édifices de prestige : quelles commémorations?

    L’espace médiatique mondial étant vampirisé par un nombre incalculable de sites où le culte de la personnalité, nourrie par un flux de messages et de tweets, l’emporte souvent sur l’information; où des événements, politiques ou pas, sont provoqués pour(?) pouvoir les commenter ou sur des faits dissimulés pour(?) pouvoir y échapper, LA CONSERVATION privilégie une « approche de contre-information dans des billets d’opinions engagés. »

    LA CONSERVATION ayant choisi de prendre le maquis du pseudonyme, certains collaborateurs s’y expriment anonymement, tout en s’engageant à respecter les règles usuelles de la bonne pratique journalistique.

    Par Antal

    Une nouvelle aile de la Maison Blanche et un arc de triomphe à Washington? seulement pour flatter son ego, celui de sa garde rapprochée et de leurs indéfectibles supporteurs? Les médias tant internationaux qu’intérieurs ont abondamment commenté les initiatives. Compléments : des réminiscences historiques.

    Références culturelles et historiques

    Les salles

    Les modélisations 3D présentées aux médias évoquent sans contredit la Galerie des glaces du château de Versailles. Différences : la réalisation de Louis XIV n’a que 800 m²; celle du président des États-Unis atteindra le décuple!

    Wikipédia
    Site officiel de la Maison-Blanche

    Recherche commune de prestige, mais surtout atmosphère d’initiés : Louis XIV pour tenir à sa botte les nobles parlementaires qui, alors qu’il était encore enfant, ont ourdi la Fronde et l’ont traumatisé à jamais. Comme lui, l’actuel locataire de la Maison Blanche, pour recevoir les dignitaires qui ne cessent de passer dans leur capitale; mais surtout, pour récompenser ses fidèles séides et ses généreux donateurs.

    Prouesse technique : la Galerie des glaces brille à son époque par une innovation de premier rang, détrônant subitement les verriers de Venise qui en avaient jusqu’alors l’exclusivité : des miroirs de la même dimension que ses immenses baies vitrées. À l’époque, une avancée majeure…

    À Versailles, tout dignitaire étant « monté à la cour ou présenté au Roi » pouvait choisir de contempler la vaste perspective extérieure ou, en se tournant, voir son reflet se réfléchir en même temps que celui des parterres. Avec le laissez-passer d’un minimum de connaissances culturelles : « Et in Arcadia ego! » La consécration!

    Les ouvertures de la Salle de bal n’offriront pas une perspective aussi spectaculaire, loin de là. À quelque 50 m, elles font face au massif bâtiment du Trésor, plutôt morne à force de s’inspirer du style néo-classique.

    Progrès technologiques à Washington : le complexe réseau d’information interne WHCA permet d’équiper la future salle le toutes les connexions possibles et imaginables. Donc de moniteurs TV rivés sur le panel des personnalités de plus haut rang. Çà et là, comme c’est la mode dans toutes les manifestations de cette envergure, traveling sur des personnages à signaler ou à mettre en valeur le temps d’un clip. Pour services rendus à la nation. « Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné. »

    Alors que nul roturier ni simple sujet du Tiers-État n’aurait songé à forcer les grilles de la Demeure Royale, la Salle de bal de la Maison Blanche, elle, sera rigoureusement sécurisée : les gigantesques baies vitrées seront de verre pare-balles; le toit défendu contre les attaques de drones; un complexe militaire en sous-sol permettra de protéger les notables; enfin, les services secrets américains y assureront une surveillance permanente. (On le sait : l’enveloppe budgétaire d’un milliard de dollars demandée pour le financement a été refusée par le Sénat…)

    Comme à la Cour de Versailles, outre les dignitaires étrangers, ne passeront par la Salle de bal que celles et ceux disposés sans retenue à entériner les décisions du Président, à calquer ses déclarations, à promouvoir ses idées, à exécuter ses plans de bataille plus ou moins « démocratiques ». Mais, vu les dimensions, comment se déroulerait un impair comme celui commis avec le Président Zelensky dans le Salon ovale? À Versailles, ce qui se passait au Château, restait au Château. Tous les Castro, Maduro, Poutine et autres savent que c’est un précepte incontournable pour qui veut gouverner de manière autoritaire. À Washington on l’ignore.

    Ce n’est pas un hasard si le Président Macron a choisi la Galerie des Glaces pour signer le protocole d’accord américano-iranien avec Donald Trump (contresigné à distance par Téhéran) autour de 14 points clés : dont cessez-le-feu, réouverture immédiate du Détroit d’Ormuz, levée des sanctions, fonds de reconstruction et surtout négociations sur le nucléaire et le balistique. Que valent symbole, prestige et apparat quand on en connaît le passé (et qu’on consate les atermoiements du présent…)? la proclamation de l’Empire allemand en 1871, les traités qui y ont été signés après la première Guerre mondiale (qui ont préparé la Seconde), le tout à rapprocher du mémorandum de Budapest qui a réduit toute velléité d’usage militaire atomique pour l’Ukraine (voir autre texte de laconservation.ca).

    Les monuments

    Technique de construction développée par les Romains, les arcs de triomphe commémorent des victoires militaires, mais célèbrent aussi divers événements importants dans le règne des césars. Celui de Paris a été décidé en 1806 par Napoléon après son éclatante victoire à Austerlitz. Approuvé à peu près en même temps que le rapide succès militaire au Venezuela, celui de Washington est censé célébrer le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis le 4 juillet qui vient.

    Wikipédia
    Wikipédia

    L’aigle étant commun à la France impériale, à la Prusse et aux États-Unis, on ne s’étonnera pas, comme au-dessus du quadrige de la porte de Brandebourg[1], de le retrouver dans le projet de Washington.

    [1] – Quadrige volé par Napoléon… dont les cendres au retour de l’île Saint-Hélène sont passées sous l’Arc de l’Étoile… Petites histoires dans la Grande…

    Mais faute d’autres hommages strictement militaires – enlèvement de Maduro et fiasco au Proche-Orient -, le flou de l’édifice du Memorial Circle sera voué… à Dieu. Cette référence au pouvoir de droit divin constitue un désaveu du jubilé de l’Indépendance : dès la Constitution et le premier amendement, le nouvel état a « érigé un mur de séparation entre l’Église et l’État », ce qui se traduit par la pléthore des lucratives confessions religieuses aux USA. Même si y est célébrée l’Action de Grâce, et que depuis 1864, l’administration américaine frappe la formule « In God we trust » sur sa monnaie, il s’agit d’un anachronisme dans l’air du temps. Ou plutôt dans celui du pouvoir en place.

    Que trouvera-t-on dans les niches en cul-de-four? Des hommages aux vétérans « ayant servi » ou morts au Proche-Orient? Des éloges à la gloire de l’auteur de l’initiative? Avec une tombe de soldat inconnu?

    Mémorial et mémoire

    Incités par les pressions toujours momentanées de l’Histoire, ces monuments continuellement plus colossaux sont souvent rattrapés, sinon trahis par Elle. L’Arc de Triomphe inachevé est inauguré 30 ans plus tard par le roi Louis-Philippe… pour commémorer le sixième anniversaire des Trois Glorieuses de Paris. Une révolution populaire. Écrasée dans le sang comme celui dont a baigné le soldat inconnu…

    La Colonne de la victoire à Berlin constitue le comble. Pour la commémoration de chaque succès prussien au XIXe siècle (contre le Danemark, l’Autriche et la France), le monument initial de 51 m est composé de tambours de plus en plus allongés. Or, il en compte quatre, pour un total rehaussé de 51 m à 67! Déménagé en 1939 de son emplacement original devant le Reichstag, il a reçu ce 4e tambour… en prévision de la prochaine victoire sur la France!?

    Le régime national-socialiste n’est pas le seul à avoir trop tôt présumé de la victoire. Un quart de siècle avant, Leipzig recevait un monumental mémorial aux soldats allemands (« prussiens, autrichiens, saxons et ceux qui combattaient du côté français(!) » tombés à la Bataille des Nations juste un siècle auparavant. Près d’un demi-million de combattants avaient décisivement sonné le glas des victoires napoléoniennes (dont Waterloo un an plus tard ne sera que la confirmation…) Inauguration par l’empereur Guillaume II peu avant la Première Guerre mondiale un siècle plus tard : la coupole du lourd ensemble évoque un mortier prêt à tirer.

    Wikipédia
    Wikipédia

    Malgré l’inscription de la devise militaire germanique Gott mit uns (Dieu avec nous!), le monument de la Bataille des Nations est l’un des rares à avoir survécu au nettoyage idéologique contre toute célébration de la gloire guerrière de l’Allemagne par les autorités communistes en République démocratique allemande (DDR.) Washington une fois revenue à la normale se posera-t-elle la question : le nouvel arc de triomphe pourra-t-il subsister tel quel ou devrait-il subir d’importants correctifs?

    Mémoire et monuments

    En France, au Chemin des Dames, même symbolique visuelle du mortier au Monument des Crapouillots (le terme d’argot des tranchées usuel pour désigner les projectiles des mortiers…) : au-dessus de l’épitaphe du Souvenir, le boulet qui les a fait mourir. Ce monument conçu dans le flou des traités mêlant le retour à la paix et le souvenir de la guerre, a été bombardé en 1940 dans la suivante[2].


    [2] – Explications : érigé en 1933 en mémoire de 12.000 artilleurs tombés au front, « mutilé » lors de la bataille de 1940, il a été restauré en 1958.


    En France, pourquoi tant de cimetières militaires et de monuments aux morts? Tout d’abord, parce qu’elle disposait déjà d’un Arc de triomphe : il suffisait d’y ajouter une tombe inconnue; ensuite à cause du nombre épouvantablement élevé de victimes; enfin parce que l’Armistice du 11 novembre n’est qu’une « suspension des hostilités après un accord entre les belligérants. » Finalement parce que…

    … tout ça nous ramène à nouveau en Allemagne, puis aux États-Unis. Un mois après l’Armistice, le 10 décembre, les troupes allemandes de retour à Berlin y ont défilé accueillies par une foule nombreuse et des fleurs. Et le discours du chancelier Friedrich Ebert : « Vous rentrez invaincus du champ de bataille. Aucun ennemi ne vous a vaincus[3] ! » Ce point de vue allemand, conforme au terrain militaire et à la définition même d’un armistice (« convention signée mettant fin à des hostilités… »), n’était pas faux. Incontestable l’état d’épuisement de toutes les troupes participant au conflit, toutes déjà plus ou moins décimées par de vains et barbares combats et la grippe espagnole. (Sauf peut-être les Américains qui l’auraient introduite avec quelques soldats contaminés.) Indiscutable la répercussion sur toutes les parties de l’abdication de l’empereur Guillaume II et de Charles Ier Empereur d’Autriche et roi de Hongrie; et le contre-coup de divers armistices signés auparavant. Sournois les traités de Versailles qui ont défini les frontières entre les puissances victorieuses et vaincues et imposé des réparations de guerre astronomiques impossibles à honorer.

    [3] – Ni aucun adversaire n’a foulé le sol allemand. Mais ces derniers n’ont rien gagné non plus à part avoir ravagé la Belgique et tout le nord-est de la France…

    Lors de l’inauguration ou de parades sous les arcs de triomphe, drapeaux, défilés de troupes, flonflons sont à l’honneur. Depuis qu’elles existent, ils sont aussi survolés par les patrouilles acrobatiques nationales crachant les couleurs du drapeau dans leur traînées.

    Wikipédia
    Téhéran

    S’il est achevé à temps, le 4 juillet, fera-t-on défiler sous l’Arc de Triumph, comme à l’époque des Césars, le commando des ravisseurs d‘El Commandante Maduro? des artilleurs impliqués dans les terribles bombardements en Iran? les pilotes abattus et rescapés par les combattants d’élite du Pararescuemen (ou PJs?) Mais avec quels équipements? Pas leurs armes, puisque très peu se sont retrouvés sur le terrain… Avec les joysticks des opérateurs de bombardiers et de drones? avec les jumelles dont ils ont scruté les mouvements dans le détroit d’Ormuz? et les pilotes des patrouilleurs de mines?

    Que ce soit aux États-Unis ou en Iran, le peuple dupé ou jugulé les accueillera, jetant des fleurs MAGA ou des pétales de rose du Prophète : bouquets de l’illusion de la victoire. Comme autrefois à Berlin. Vantardises des discours, assurément; détractions des faits, probablement.

    Un anachronisme

    À 10 jours d’intervalle, des troupes défileront à Washington et à Paris : une innovation[4] contre une tradition. Que certains dans l’Hexagone s’expliquent toujours aussi mal que son hymne national résolument belliqueux : « Aux armes citoyens! » Semblable slogan est peut-être ce qui, à Tel Aviv comme à Jérusalem, permet aux Israéliens de se passer de tout ce tralala… qui n’a par ailleurs la vie dure que dans les dictatures.

    Wikipédia

    [4] – Sauf pour le défilé du 14 juin jumelant le 79e anniversaire du Président avec le 250e de l’armée américaine… Une première en « temps de paix ». Rien à voir avec notre mouton de la Saint-Jean-Baptiste…

    Et l’«arène »?

    Bien qu’elle en porte le nom, celle de Washington n’a rien à voir avec ses illustres prédécesseurs : installation temporaire, contrairement aux autres édifices, « La Griffe » a fort peu à voir avec le Colisée de Rome dont capacité maximale est estimée entre 50 000 et 80 000 spectateurs[5], patriciens (les nobles) et plébéiens (les autres) plus ou moins confondus. À Washington, même s’il évoque le nom générique de son illustre prédécesseur, seuls quelque 4500 « invités » soigneusement triés seront aux premières loges. Les 125 000 autres en seront séparés et devront se contenter d’écrans géants.

    [5] – chiffre du même ordre que les plus imposants stades contemporains…

    Ce que les deux « monuments » ont en commun, c’est l’évergétisme, « la bienfaisance ostentatoire d’un riche notable en faveur d’une communauté. » Quand même : après l’incendie de Rome par Néron, le financement du Colisée a bénéficié du « somptueux butin du sac de Jérusalem et la destruction du Temple en 70 après J.-C. lors de la première guerre judéo-romaine » menée par l’empereur Vespasien. Aujourd’hui, ces contributions relèvent prétendument toutes du financement privé : outre les géants de la tech, la famille du ministre du Commerce, les financiers usuels, celle du gala d’arts martiaux mixtes UFC Freedom 250 qui tomberait sous le coup du conflit d’intérêt : le Président aurait acheté pour 50 000 $ US d’actions de l’UFC dont le directeur, Dana White, est un allié et un ami proche.

    Et le Bassin réfléchissant du Lincoln Memorial?

    Projeté par le planificateur du District de Columbia, Pierre L’Enfant dès 1 791, le canal de Washington était censé s’inspirer, encore une fois, de la Grande Perspective de Versailles, « plus belle que tout ce que l’on peut imaginer », et comparable en longueur, dans les 2km.

    Pour la perspective projetée, voir ci-dessus l’illustration à travers le vitrage de la Galerie des Glaces.

    Rapidement abandonné après sa construction, ce qu’il en reste, le Bassin réfléchissant du Lincoln Memorial, est censé contribuer aussi aux célébrations du 250e. Après une peinture de fond en bleu drapeau américain voulue par le Président, ironie du sort : à cause la prolifération d’algues, il a viré au vert, une couleur mise au ban par l’actuelle administration. La revanche de la nature et de l’écologie?

    Épilogue

    À l’époque de la Révolution tranquille, n’importe quel citoyen pouvait tranquillement traverser les corridors de l’Assemblée nationale ou se présenter et être reçu à un quelconque bureau. Ces temps sont révolus, surtout depuis les attentats du 11 septembre. Sont-ils à l’origine d’un durcissement des antagonismes? L’assaut sur le Capitole le 6 janvier en serait le point culminant. Depuis, « les principaux édifices fédéraux sont régulièrement barricadés », notamment la Maison-Blanche, bien sûr, le Capitole et la Cour suprême. Et de plus en plus rigoureusement contrôlés tous les rassemblements politiques populaires. En dépit ou à cause des principes même de la démocratie bipartite par alternance des pouvoirs dont les États-Unis restent un des rares exemplaires, la foule et le défilé sous l’arc du triomphe du 4 juillet ont-ils des chances d’être unificateurs? Pas si les opposants y manifestent bruyamment et en grand nombre…

  • Serviteurs de l’État : honorés, honnêtes et… honorables?

    par Antal  

    « Être Premier Ministre a été mon plus grand honneur! » ont été les paroles de Justin Trudeau et de François Legault lorsqu’ils ont démissionné. Honorés de s’être vus attribuer les charges suprêmes de l’État, ils avaient l’honnêteté de reconnaître qu’ils n’étaient plus les hommes de la situation et qu’ils devaient laisser la place à d’autre. Ce n’est qu’avec ces 3 H que, en démocratie, un politicien – comme n’importe quel citoyen – peut être déclaré honorable. Lorsqu’ils avaient prêté le serment, ils avaient juré d’« exercer [les] fonctions de premier ministre avec honnêteté et justice » (à Québec) et de « remplir fidèlement et avec discernement les devoirs de [la]charge » (à Ottawa.) En dépit de leurs erreurs, leurs entêtements, leurs échecs, tout voués qu’ils ont été aux exigences de leur engagement, nos Premiers Ministres l’ont quittée avec humilité, méritant largement la mention honorable.

    La tradition britannique

    Le terme, très différent, d’honorabilis repose sur une tradition de courtoisie du Moyen-Âge permettant aux classes dirigeantes – qui savaient le latin – de se démarquer du nombreux menu peuple qui ne l’a jamais su. Est-ce parce que Henry VIII s’est retranché derrière pour commettre toutes ses abominations, que l’un de ses successeurs, Jacques Ier, en a codifié l’usage pour des désignations honorifiques et de hautes charges? Le conservatisme de l’ère victorienne en assignera l’attribution, notamment aux membres de la paierie qui établit la hiérarchie héréditaire des titres de noblesse.

    Aujourd’hui, 15 pays reconnaissent toujours le souverain britannique comme chef d’État : de nombreuses îles indépendantes des Caraïbes et quelques-unes du Pacifique, et les trois plus grands, Australie, Nouvelle-Zélande et Canada. Resté de tradition britannique, sitôt nommé, Trudeau a été affublé du titre de Très honorable. Pas son collègue du Québec. Contrairement à d’autres États, le nôtre s’est tôt libéré de cet usage anglo-saxon. Là où les coutumes imposées par ou importées de Londres ont été maintenues, un nombre élevé de personnalités ont, d’office, droit à l’« honorable ». Non seulement dans l’appareil politique (jusqu’à certains ministres), mais aussi juridique (au moins à un niveau supérieur.)

    Mais ce prédicat est -il seulement honorifique?

    La limitation des prérogatives du « souverain britannique » d’états par ailleurs complètement indépendants, fournit une première réponse à la question : sa charge, totalement honorifique, n’entraîne que des coûts astronomiques pour les contribuables lors de visites purement protocolaires. La preuve? le rôle non moins conventionnel du Gouverneur général qui le représente…

    Il est certains hommages que – en principe, mais ils foutent le camp… – on n’attribue pas d’office : pour une personnalité encore vivante, le nom d’une rue ou d’un édifice; une récompense prestigieuse pour services rendus à la Nation ou à l’Humanité (quoiqu’on ait fait une exception pour Barak Obama avec son Prix Nobel pratiquement dès son entrée en fonction – une dérogation qui a suscité quelques protestations de principe…) Toutes ces nominations sont généralement posthumes. Ce n’est que dans les dictatures qu’on voit les despotes s’attribuer tous les titres, mérites et privilèges – souvent par décrets personnels.

    Au sud de notre frontière, les hâbleries, bravades, bluffs, coups d’éclat de toutes sortes étant largement relayés par les médias présidentiels de Washington, nous n’avons pas ici à en rappeler la liste. S’il ne s’agissait que de fanfaronnades! Mais la « chasse aux sorcières » – les opposants de tout acabit, qu’ils aient compté au nombre des ennemis désignés ou des partisans déchus – rappelle la Peur Rouge (Red Scare) de McCarthy ou les poursuites musclées de la HUAC sous la gouverne du féroce avocat Richard Nixon [0]. À l’époque, l’ennemi – au moins par l’origine de leur idéologie – était surtout extérieur. Aujourd’hui les coups sont principalement portés « à l’interne » : aux anciens présidents Obama et Biden, à d’innombrables travailleurs bien intégrés sans être toujours tout-à-fait « légaux ». Sans parler de ceux qui ont osé lever la voix, émettre un commentaire, proférer une critique : le cas du Président Zelensky, rabroué comme un malpropre devant toutes les caméras du monde le 28 février 2025, en est le pire exemple.

    « Les activités de McCarthy sont souvent amalgamées avec celles de la Commission des activités antiaméricaines (HUAC). Bien que partageant les mêmes objectifs de traque des communistes, l’HUAC était une commission distincte de la Chambre des représentants. »

    Même si le Maccarthisme n’a fourmillé qu’une demi-décennie, ses effets ont été durables. L’année de l’Expo 67, la fiche de douane américaine incluait encore une déclaration de non-allégeance au parti communiste. Pour les visiteurs étrangers. (Ceux d’ici passaient comme une lettre à la poste, pratiquement à proprement parler. Aujourd’hui, cette déclaration n’est requise que dans certains cas, comme la demande d’immigration permanente – Formulaire 6059B du CBP. )

    L’alternance du pouvoir selon le système de Westminster n’est possible que dans des démocraties où, 1 – en l’absence de tout tiers-parti venant brouiller les cartes, 2 – les tenants de chaque parti soient en nombre à peu près équivalent 3 – et que le suffrage soit universel. Dès lors, la tradition veut que les partis permutent en modérant ou corrigeant les excès ou les erreurs des prédécesseurs. Les États-Unis constituent en principe un modèle exemplaire : le nombre d’électeurs fidèles à chaque parti est sensiblement le même et relativement stable. À part le débalancement éventuel des Grands électeurs, ce sont finalement les indécis ou les bouleversements externes qui déterminent l’issue d’un vote. Les élus ne sont donc pas tant sélectionnés « directement » par leurs fidèles électeurs, que, ultimement, par les transfuges, les hésitants, les fluctuants, voire même quelques dissidents du parti adverse. À la marge.

    Marge que précisément il faut administrer avec doigté. L’exemple parfait des revirements spectaculaires sur des écarts somme toute assez minces, est récent : les dernières élections fédérales. Alors que depuis des mois, devant l’insatisfaction du gouvernement Trudeau, les Conservateurs caracolaient au moins vers un gouvernement minoritaire, il a suffi des excès au sud de chez nous pour que la fragile « balance du pouvoir » bascule dans l’autre sens. Et que, peu de chose étant nécessaire pour que le pèse-lettre culbute, Mark Carney – comme l’ont fait Jean Chrétien et Jean Charest avant lui – mettent en pratique nombre des recettes de ses opposants. (Mais, cette fois-ci, il n’y a pas eu de voix pour protester : « On n’a pas voté pour ça! » – Pourtant, vous avez voté pour lui…)

    Les leçons référendaires

    La responsabilité de gouvernance s’inspirant de l’inévitable évolution des mœurs, des traditions et des usages, dans les démocraties, les chocs référendaires en sont la meilleure illustration.

    La plupart des référendums débouchent sur un résultat serré. Au Québec, en Écosse et au Royaume-Uni, ce sont de puissantes campagnes et manifestations du clan du NON qui ont influencé décisivement le choix de l’électorat. Comme la dernière manifestation de masse au carré Dominion – où le square Dorchester venait d’être rebaptisé Place de Canada –, jugée par certains aussi illégale au regard de la loi électorale que le Coup de la Brinks 56 ans auparavant… Ou le séjour plus que symbolique de la Reine Élisabeth dans son château de Balmoral. Mais une fois les jubilations de la victoire retombées, gouvernements et électeurs prennent acte des résultats et y donnent suite flegmatiquement.

    Et que penser d’un éventuel référendum sur le controversé 3e lien? Contrairement aux autres décisions, les résultats en seraient clivés régionalement : les régions de Québec, de la Beauce, de Chaudière-Appalaches l’emporteraient probablement; les autres voteraient plutôt contre. Cette mauvaise idée constituerait un suicide politique : les autres référendums montrent que les questions doivent être viscérales et globales, ce qui donne généralement des résultats plutôt équilibrés en nombre et nuancés en interprétation. Et oblige les gouvernements à administrer en conséquence : en dépit du résultat, Québec est demeuré dans la Confédération en continuant à gouverner « malgré » les inconvénients que la procédure prétendait dénoncer. Et, réciproquement, Ottawa à collaborer malgré certaines ententes jugées bancales. Le Royaume-Uni a dû se plier aux exigences très intransigeantes de l’Union européenne pour laisser filer ce trouble-fête déjà dénoncé par De Gaulle . Ce n’est qu’une décennie après que le pays se rend compte que le Brexit n’était peut-être pas la solution idéale tant vantée par le clan du OUI. Il n’a certes pas manqué d’arguments lors de la campagne référendaire pour en montrer, là-bas comme ici, les inconvénients éventuels. Mais ils n’étaient qu’idéologiques et partisans. Le seul résultat éclairé aurait exigé que les électeurs aient déjà en main l’accord de retrait du Brexit.

    On assiste à la rupture du fragile déséquilibre quand quelques petits partis extrémistes réussissent à imposer leurs vues [1]. Ou quand « la balance du pouvoir » est laissée au pouvoir judiciaire. Ici, au pays, il y a près de 40 ans, la Cour suprême décidait de décriminaliser l’avortement. Aux États-Unis, l’arrêt Roe c. Wade, dont la vigueur ne dépasse guère celle d’une jurisprudence entérinée, a été, on le sait, récemment remis en cause.

    [1] – Comme la politique expansionniste radicale en Israël, pays reconnu pour son multipartisme exacerbé.

    Le bien public : une gouvernance d’équilibristes

    Premier texte « universel » des temps modernes, la Déclaration des droits de Virginie, largement reprise dans les dix premiers amendements de la Constitution américaine, proclame « le droit inaliénable de la résistance à l’oppression et la séparation des pouvoirs. » Au pays fondateur de ces nobles notions, on est loin : l’actuelle gestion américaine des affaires de l’État , de plus en plus aux antipodes de celle du bien public, accentue au contraire les clivages idéologiques entre les deux groupes d’électeurs. Gouverner la plus grande économie du monde devrait donc constituer l’ honneur suprême, dans la mesure où (la plupart du temps) peu de voix séparent la victoire de la défaite. C’est loin d’être la cas.

    Comme dans tous les résultats, jugements ou décisions dont les deux clans opposés ressortent quantitativement proches l’un de l’autre, le principal avantage du multipartisme, c’est le devoir public de compromis[2]. C’est aussi ce principe qui devrait régir la gouvernance d’un pays resté indéfectiblement bipartite : l’humilité de se rappeler que, immanquablement, l’adversaire arrivera un jour au pouvoir. Modérer ou corriger les excès ou les erreurs des prédécesseurs (bis), mais sans extravagance, exagération, culte de la personnalité, manipulation des faits, mégalomanie.

    [2] – Seules les crises – le plus souvent en politique étrangère – creusent de grands écarts : guerre du Vietnam, interventions au Proche-Orient, crises pétrolières. Pour les élections présidentielles, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_élections_présidentielles_américaines_par_cart_national_en_voix .

    Lorsque ces travers prennent le dessus, les honneurs rendus aux dirigeants n’ont guère de valeur. On se trouve alors en dictature, régime recensé dans au moins 60 pays au monde (à peu près le tiers…) Les hommages y sont mécaniquement rendus aux « chefs d’ État », les lois, toujours votées à l’unanimité, sont promulguées sans opposition et la justice rendue de manière expéditive. Tant que l’un des trois pouvoirs résiste, le système n’est qu’autoritaire. Mais, les plus influents et les plus puissants gouvernements de la planète qui, réunis, représentent ± 40% du PIB, la moitié moins en population, tracent la marche vers des régimes où l’équilibre est de plus en plus rompu. À l’opposé, la récente volte-face en Hongrie contre Orban démontre que l’électorat – censé contrôler et entériner les 3 pouvoirs – est encore en mesure de rappeler que, gouverner devrait d’abord être tout un honneur, – et, crises mises à part[3] – s’inscrire, en toute humilité, dans une certaine continuité historique.


    [3] – Seules les crises – COVID mise à part, le plus souvent en politique étrangère – creusent de grands écarts : guerre du Vietnam, interventions au Proche-Orient, crises pétrolières. Pour les élections présidentielles, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_%C3%A9lections_pr%C3%A9sidentielles_am%C3%A9ricaines_par_%C3%A9cart_national_en_voix .

    Dernier exemple du délicat équilibre de l’exercice du pouvoir : lors des dernières élections fédérales, alors que depuis des mois, devant l’insatisfaction du gouvernement Trudeau, les Conservateurs caracolaient allègrement vers la victoire, il a suffi des excès au sud de chez nous pour que la fragile « balance du pouvoir » bascule dans l’autre sens. Et que Mark Carney – comme l’ont fait Jean Chrétien et Jean Charest – mette en pratique nombre des recettes de leurs opposants.

    * * * * *

    Vous avez raison, Messieurs Trudeau (- père et – fils) et Legault : c’est tout un honneur d’avoir louvoyé si longtemps. Si vous vous êtes sentis honorés, vous méritez bien l’étiquette d’honorables. Enfin!

    P. S. Les deux Premiers Ministres ont démissionné à peu près en même temps que leur plus fidèle faire-valoir ou modérateur : Geneviève Guilbault et Steven Guilbeault. Ce n’est pas un hasard.

    L’espace médiatique mondial étant vampirisé par un nombre incalculable de sites où le culte de la personnalité, nourrie par un flux de messages et de tweets, l’emporte souvent sur l’information; où des événements sont provoqués pour(?) pouvoir les commenter ad nauseam ou sur des faits dissimulés pour(?) pouvoir y échapper, LA CONSERVATION privilégie une « approche de contre-information dans des billets d’opinions engagés. »

    LA CONSERVATION ayant choisi de prendre le maquis du pseudonyme, certains collaborateurs s’y expriment anonymement, tout en s’engageant à respecter les règles usuelles de la bonne pratique journalistique.

  • Merci, Monsieur Rousseau… Et au revoir, Madame Mary Simon

    par Antal

    Suite à votre déclaration uniquement en anglais sur le tragique accident à Newark (à part les mots bonjour et merci ), doit-on vous dire merci à vous aussi et vous savoir gré pour ce que les médias présentent comme votre entêtement? Nuances…

    Merci? Puisque vous rappelez que, dans ce pays bizarrement bilingue, tout travailleur a le libre choix de la langue de travail. À part le fait que vous occupiez un poste émérite, ce droit vous revient comme à n’importe quel autre employé. C’est à la société que vous dirigez de veiller à ce que, d’une manière ou d’une autre, les droits du public à des messages francophones soient respectés. Et de s’amender puisque avoir simplement sous-titré en français (quand même!), ne suffit manifestement pas.

    Merci? Pourquoi ne pas avoir eu recours à la traduction simultanée par interprète? Après un onglet en début de vidéo après votre « Bonjour! », il aurait pu en présentiel rediriger vos propos vers son public francophone. C’est sensiblement la même règle à la Chambre des communes. On n’aurait pas pu vous reprocher de procéder d’une façon analogue.

    Merci? D’ avoir presque réussi, comme lors du premier incident, à résister d’abord à toute la classe politique, médiatique et sociale qui réclame en bloc votre démission. Aucune n’a précisé si vous étiez tenu par contrat de vous exprimer en français, et en quelles circonstances…

    Merci? Un autre manquement a échappé à tous les commentateurs qui se sont empressés de vous tomber dessus : pas d’interprète en langue des signes (LSQ/ASL) pour les personnes sourdes et malentendantes. Tout à fait courant jusqu’à il n’y a guère, ce service a décliné depuis que, dans les points de presse à répétition au sud de nos frontières, ils ont été réduits, voire supprimés. On peut pousser l’exercice jusqu’à l’absurde : alors qu’à votre droite se tiendrait l’interprète LSQ/ASL en anglais, et à gauche celui en français, en dépit du sous-titrage, l’immense majorité de l’auditoire francophone ne serait auditivement toujours pas adéquatement desservi…

    Merci? Pour signaler que vous ne faites que comme nombre de vos autres compatriotes anglophones qui usent régulièrement du droit de travailler dans leur langue dans les rares institutions et centres de recherche fédéraux. (Une goutte dans le débat linguistique puisqu’une majorité d’entre eux se trouvent… en Ontario où les fonctionnaires se sentent plus ou moins à l’abri de telles considérations.)

    Merci? De rappeler que, dans ce pays prétendument bilingue (bis), lors de rencontres fédérales-provinciales de politiciens fédéraux (ministres y compris) et leurs fonctionnaires francophones , la langue utilisée n’est pas systématiquement le français (avec traduction simultanée, bien sûr) dès que se présente un unilingue anglophone.

    Merci? Pour souligner que, en dépit des lois et de quelques efforts pour faire la promotion du travail au Québec, dans la région de Montréal et, tranquillement, de plus en plus ailleurs, le français en milieu de travail piétine. Comment vous reprocher à vous ce qu’on n’arrive pas à corriger ici?

    Merci? On l’oublierait presque… au Nouveau-Brunswick, le seul État « officiellement bilingue », et ailleurs hors Québec, où l’usage du français peine à proportion inverse du nombre de ses usagers.

    Merci? De rappeler que, faute d’avoir produit les textes voulus et voté les budgets adéquats, la mise en œuvre des règlements de la nouvelle Loi fédérale sur les langues officielles accuse du retard : arrêtés cruciaux pour la protection et surtout la promotion du français en situation minoritaire toujours en suspens deux ans après son adoption. Expressément conçue pour des cas comme le vôtre, comment peut-on vous adresser des « reproches fondés » quand le législateur se traîne des pieds?

    Merci d’avoir brassé une fois de plus ce pays prétendument bilingue (ter) et qui n’est en fait que polyglotte dans un seul sens. Comme le disait si bien Gilles Duceppe : « À Ottawa, il y a bien deux langues officielles : l’anglais et la traduction simultanée. » D’une crise que vous avez provoquée à l’autre, il serait intéressant de comparer l’évolution ou le recul de la situation…

    Merci, donc. Parce que ce n’est pas l’agitation qui se joue sur votre dos qui va « sauver le français ». Pas non plus, pour parodier un slogan d’actualité qui tombe particulièrement bien : « Ce n’est pas avec une vidéo qu’on va» pouvoir lutter contre l’inexorable réalité des chiffres et des statistiques. C’est, dans le quotidien, par les faits et gestes et interventions de celles et ceux qui, très majoritairement, se déclarent convaincus du redressement nécessaire.

    Merci de nous signaler que, collectivement, nous ne faisons que comme vous. Dans notre travail en utilisant (de préférence (?) la version anglaise des logiciels; dans nos contacts professionnels avec nos collègues qui préfèrent ne pas parler français; dans nos loisirs et les films et séries qu’on visionne… Comment pouvons-nous nous dresser pour vous adresser des reproches?

    Merci, parce que les lois linguistiques sont impitoyables. Que dirait-on si, pour respecter l’origine franco-normande de ± les deux-tiers de leur vocabulaire, les anglophones se mettaient à prononcer ridiculous, outrageous, etc. à la française? Ils rejoindraient les Français nombreux aujourd’hui à imposer la diction hexagonale aux mots qu’ils empruntent en abondance à l’anglais. Nous, ici, partageons le pire de ces deux mondes : au lieu d’un carcajou poétiquement nommé pour désigner des opérations policières, l’opération SharQc n’a jamais été prononcée par ses membres et la plupart des médias parlés autrement qu’à l’anglaise. Quand ce pastiche articulatoire atteint des mots depuis longtemps naturalisés dans notre langue (bar, camping, footing, parking, ticket…), les phonèmes trahissent notre servitude linguistique, les sonorités notre mentalité et, phonologiquement, nous ne parlons plus français, mais anglais[1].

    [1] – Ce n’est pas tant ni d’abord par le lexique, la morphologie ou la syntaxe qu’on reconnaît un francophone qui vient d’ailleurs ou un sujet qui l’a appris ici. C’est immédiatement par sa phonologie, ce qu’on appelle couramment l’accent. Plus ou moins inconsciemment, une petite portion de la majorité de souche se crispe alors aussitôt. (Dans l’Hexagone, une part importante le fait encore systématiquement…)

    Merci, parce qu’il est vrai que ce n’est pas tant l’emprunt lexical qui nous menace, mais le plagiat phonétique : après quelques années de rectification soutenue, nous avons abandonné REER prononcé à l’anglaise [RiR]. Mais, alors que radar s’est imposé à la française, taser, formé sur le même modèle, a échappé à cette règle d’assimilation. Ce recul est-il dû au fait que l’OQLF a fait disparaître l’anglicisme (« Voilà l’ennemi! » s’écriait en 1 879 Jules-Paul Tardivel…) de sa nomenclature? Le classifiant central (anglicisme) une fois anbandonné, les subséquents (…sémantique, syntaxique, morphologique, orthographique..) sont systématiquement réduits au lénifiant générique emprunt. Si ce qui est un travers – ne serait-ce qu’à l’occasion – n’est plus présenté comme tel par les responsables qui en ont la charge, comment s’en protéger? Ces commis de l’État à la fois suivent et déterminent la doxa qui s’en prend à la langue : par commodité (?), s’en tenir à la version écrite et fort peu à l’oral, beaucoup plus utilisé qu’elle.

    Merci, aussi vrai qu’il y a un comble qui combine deux aspects : l’emprunt lui-même, procédé incontournable dans toute langue et la phonologie à l’anglaise. La courte liste adoptée de l’allemand est systématiquement prononcée à l’anglaise par une couche d’usagers auxquels ces subtilités linguistiques échappent : blitzkrieg, panzer, bunker… Mais le pire, c’est que le trop notoire Hitler devient dans leur système articulatoire un… Anglais! Par le patronyme.

    Merci, parce que les examens du Ministère de l’Éducation en fins d’études secondaires et collégiales remettent eux aussi les choses dans une autre perspective : de 15 à 20% d’élèves – nombre appréciable en augmentation – doués dans d’autres matières et la communication orale, échouent à la première tentative ce test où le pourcentage attribué à la correction écrite (30%) est vite épuisé. (Heureusement que nous avons su contourner la probabilité encore plus grande d’insuccès chez les élèves du secteur technique, par l’attestation d’étude. Dire que les Français ont introduit une épreuve similaire pour leur baccalauréat, examen sans pitié ni pardon : « Repassez l’année suivante ! »)

    Merci de nous rappeler – avec le député autochtone Robert Falcon Ouellet – qu’« une langue n’est vivante que si elle est parlée[2]. » Partout, mais surtout toujours : ne payer une facture que lorsqu’elle est en français; réadresser une requête formulée dans la « mauvaise » langue; ignorer pareillement toute publicité; ne pas commander (en ligne) dans une autre langue… En dépit de substantielles améliorations des parchemins législatifs, arrêter de penser que ce sont les lois et règlements qui vont faire le travail. La responsabilité revient aux citoyens sur le terrain journalier. Sinon, tant pis : un jour pas si lointain nos descendants chanteront la déchirante complainte de Pauline Julien : « Mommy! Mommy! Why? »

    Merci pour le magnifique battage publicitaire dont vous avez été l’objet. Mais pas pour les autres manquements, maigres ruisseaux médiatiques intermittents qui se perdent dans l’estuaire perpétuel des nouvelles englouties.

    Devant la Commissaire aux langues officielles, votre seul plaidoyer pour votre impair pourrait être « Pourquoi SEULEMENT moi, et pas tous les autres manquements que votre administration et les autres sont censés traiter? …maigres ruisseaux médiatiques intermittents qui se perdent dans l’estuaire perpétuel des nouvelles englouties… » et rarement réglés. Et dont Madame Kelly A. Burke vient – une fois de plus – de déplorer le nombre et les carences.

    Que vous quittiez vos responsabilités publiques en même temps que la Gouverneure générale Mary Simon, constitue un pur hasard. Pas le fait que tous deux vous ayez été l’objet de critiques plus ou moins acerbes. Ceux qui vous ont nommées ont ignoré qu’ils vous chevillaient dans un flot de règlements plus ou moins difficiles à observer. La foule et les médias ont vite fait de profiter de leurs manquements. Quand réclameront-ils avec le même zèle qu’il y soit remédié? On ne peut donc vous reprocher individuellement ce que, collectivement, nous sommes incapables d’accomplir. Pour vraiment faire du français la langue commune. Partout, mais surtout toujours.

    Merci. Et dommage que vous preniez votre retraite. Dans ce pays où ne sont bilingues que les édifices et les formulaires fédéraux, la plupart des agents au Québec mais très peu ailleurs, oui! de temps en temps, notre mémoire et conscience ont besoin de se rappeler de et avec vous!

    Merci. Parce que pour en finir avec ce qu’on vous reproche, nous devrions être irréprochables pour ce qu’on vous demande.

    L’espace médiatique mondial étant vampirisé par un nombre incalculable de sites où le culte de la personnalité, nourrie par un flux de messages et de tweets, l’emporte souvent sur l’information; où des événements, politiques ou pas, sont provoqués pour(?) pouvoir les commenter ou sur des faits dissimulés pour(?) pouvoir y échapper, LA CONSERVATION privilégie une « approche de contre-information dans des billets d’opinions engagés. »

    LA CONSERVATION ayant choisi de prendre le maquis du pseudonyme, certains collaborateurs s’y expriment anonymement, tout en s’engageant à respecter les règles usuelles de la bonne pratique journalistique.


    [2]https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2242116/langues-autochtones-droit-preservation-leaders-jeunes

  • Non-prolifération des armes nucléaires : Ukraine et Iran au même régime?

    Un seul dirigeant politique occupe l’essentiel de l’espace médiatique mondial par un flux de messages et de tweets qui le vampirisent. Contre ce culte de la personnalité basé sur des événements provoqués pour(?) pouvoir les diffuser et les commenter ou sur des faits dissimulés pour(?) pouvoir y échapper, LA CONSERVATION a choisi de prendre le maquis du pseudonyme.  Pour rendre la pareille à l’inverse, certains collaborateurs s’expriment anonymement, tout en s’engageant à respecter les règles usuelles de la bonne pratique journalistique.

    Par Antal

    Ce qui sépare ces deux presque voisins? la mer d’Azov (« extension peu profonde de la mer Noire » en travers desquels La Russie a construit le pont du Détroit de Kertch), le Caucase et la mer Caspienne… zone où s’est exercée la turbulente influence postsoviétique. Ce qui les lie? l’invasion de l’Ukraine par la Russie (Crimée) puis de l’Ukraine elle-même et les récents bombardements américains à Téhéran et sur le reste de l’Iran. Ce qui les re-lie? l’occupation du champ médiatique : la Crimée et l’Ukraine militairement occupées l’ayant très largement vampirisé pendant une décennie, l’Iran a subitement pris le relais lorsqu’a été déclenchée l’Opération Epic Fury le 28 février 2026. Dénominateur commun : l’avalanche de tweets et de textos du turbulent locataire de la Maison Blanche.

    Mais dans le complexe écheveau des tractations et de leurs comptes-rendus médiatiques, ce qui les noue plus que tout, de manière plus discrète mais aussi plus fondamentale, ce sont les négociations pour le Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP) Petit retour en arrière pour le suivi…

    Le mémorandum de Budapest : un « traité » pour l’Ukraine?

    Par cet accord signé à Budapest le 5 décembre 1994, les grandes puissances s’engagent envers l’Ukraine à « respecter son indépendance et sa souveraineté ainsi que ses frontières existantes » (article 1.) En échange, ce pays nouvellement indépendant (ainsi que de deux autres ex-républiques soviétiques) s’engageait à adhérer et à ratifier le TNP. En contrepartie, « la Russie, le Royaume-Uni, l’Irlande du Nord et les États-Unis d’Amérique, réaffirment leur obligation de s’abstenir de recourir […] à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale […] de l’Ukraine. » Conséquence : les ogives nucléaires ont été transférées en Russie et l’Ukraine a reçu une aide américaine pour le démantèlement de son infrastructure nucléaire (mais est restée coincée avec les menaçantes séquelles de Tchernobyl…) À souligner : le rôle du président ukrainien d’alors. De numéro 2 du Parti communiste, dernier dirigeant de la République socialiste, Leonid Kravtchouk s’est rallié par pragmatisme à la cause nationaliste de Kyiev. Signé sous l’égide du secrétariat de l’Organisation des Nations unies par lui-même et les présidents Bill Clinton et Boris Eltsine, le mémorandum représente donc des négociations apparemment réussies sur les plans international, intérieur et surtout sécuritaire. Apparemment seulement, car l’un des derniers points du mémorandum – qui n’est pas un traité – stipule seulement

    -	l’« engagement de demander au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies 
    d'intervenir immédiatement pour venir en aide à l'Ukraine si celle-ci faisait l'objet d'une agression. »

    Il n’en a rien été : après l’annexion de la Crimée puis de l’Ukraine, toutes les résolutions au Conseil de sécurité des Nations unies ont été systématiquement bloquées par le veto de la Russie. Cosignataire du mémorandum.

    Étranges coïncidences

    Etranges ? En apparence seulement ? Dans l’espace géopolitique : après la chute de l’URSS, les nombreux conflits sanglants impliquant plus ou moins tous la nouvelle Russie, résultaient de conflits territoriaux liés à l’héritage de frontières soviétiques mal adaptées : Haut-Karabakh, Ossétie du Sud, Abkhazie, Géorgie et Tchétchénie. Y compris la Crimée et le Donbass.  

    https://alencontre.org/divers/les-guerres-qui-ont-change-le-caucase-du-sud.html

    Dans le temps : l’invasion de la Crimée précède de peu le Plan d’action global commun (PAGC) conclu entre l’Iran et le groupe P5+1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni — plus l’Allemagne). Dans l’accord de Vienne de 2015, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU obtenaient une limitation du programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions économiques.

    Dans l’espace médiatique : après son trop facile succès militaire au Venezuela, le président américain pouvait bien se prétendre excédé par les présumées tergiversations des ayatollahs. Or, contrairement aux « opération spéciales », la diplomatie est l’art de ne jamais se bousculer pour éviter que la méfiance réciproque ne vienne rompre des fils toujours plus ou moins ténus.

    Dans le cycle commémoratif : pur hasard? le décret présidentiel d’Epic fury a été signé un an jour pour jour après que Zelinsky a été malproprement mis à la porte de la Maison Blanche par son « locataire. » Ce jour-là, les États-Unis et l’Ukraine devaient signer un accord sur l’exploitation des minerais du pays en guerre. Comme l’ont transmis les médias en direct, l’échange a rapidement dérapé quand le président américain a reproché à son homologue ukrainien son manque de gratitude. Idem pour les ayatollahs.

    Dans le cycle commémoratif : bis? La guerre présumée et les négociations alléguées entre l’Iran et les États-Unis tournent en rond 65 ans après l’épisode de la Baie des Cochons où en quelques jours le pays le plus puissant du monde a subi un cuisant revers face à une armée de « terroristes ». Résultats à part l’humiliation du nouveau président : consolidation du pouvoir du Lider Máximo et liens resserrés entre Cuba et l’Union soviétique. Les gaffes militaires et diplomatiques ne prenant pas de retraite, serait-ce le tour de l’actuel locataire de la Maison Blanche? Une bonne partie de la presse internationale souligne que dans l’état actuel des choses, c’est plutôt l’Iran qui sort vainqueur sur de nombreux plans, y compris intérieur…

    Et les réparations?

    Gestes humanitaires de reconstruction : après la dernière guerre mondiale, avec le plan Marshall; la Bosnie-Herzégovine après 1995; et l’Irak après 2 003, tout nouvel accord – même du TNP – se doit d’inclure des clauses de réparation. C’est une exigence du Corps des Gardiens de la révolution (et probablement aussi de la population ) après les terribles bombardements sur leur pays et le Liban. Mais quand à Gaza l’armée israélienne continue à intervenir pendant que s’enlise le Board of peace censé le reconstruire, les doutes sont sérieux.

    Et le plus sérieux de ces doutes, c’est celui des Iraniens qui n’ont aucune raison de faire confiance à ceux avec qui ils ne négocient plus mais qui les ont bombardés. Et qui détiennent l’arme atomique et signent des mémorandums. Et dont les paroles, les engagements, les promesses – comme pour la Crimée et l’Ukraine – ne valent pas plus que le parchemin qu’ils ont paraphé.

    Ironie des hypocrisies ?

    Le Président Poutine n’a pas manqué de condamner l’« agression non provoquée » et la « violation cynique de la morale et du droit international » des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran. Pour les assaillants, elles ne différent en rien de sa propre formule : « opération spéciale… » (Quoique… le Commander in Chief aime bien la guerre au point d’avoir renommé ainsi son Ministère de la Défense…)

    Il y a beaucoup plus longtemps, les belligérants de la Première Guerre mondiale signaient un armistice le 11 décembre 1918. Le 10 décembre, les troupes allemandes de retour à Berlin y ont défilé accueillies par une foule nombreuse et des fleurs. Et le discours du chancelier Friedrich Ebert : « Aucun ennemi ne vous a vaincus ! Vous rentrez invaincus du champ de bataille ». (Mais ils n’ont rien gagné non plus à part d’avoir réussi à envahir et la Belgique et tout le nord-est de la France avec de considérables bouleversements…) Ce point de vue allemand, conforme au terrain militaire et à la définition même d’un armistice (« convention signée mettant fin à des hostilités… »), n’était pas faux. Véridique, l’état d’épuisement de toutes les parties participant au conflit, toutes déjà plus ou moins décimées par de vains et barbares combats et la grippe espagnole. (Sauf peut-être les Américains qui l’auraient introduite avec quelques soldats contaminés.)

    À strictement parler, ce que les Puissances centrales ont vraiment perdu, ce n’est pas la guerre, mais les prétendus traités de paix qui les ont cantonnées au rang de vaincues. À vaguement conjecturer, l’inverse pourrait-il arriver aux Américains? Leur président ne claironne-t-il pas jour après jour qu’il a gagné? alors que sur l’eau sa flotte reçoit des ordres chaque fois contradictoires et que, sur le terrain, ses émissaires non seulement piétinent, mais qu’ils ne se sont même pas rendus en face de leur vis-à-vis… Ce que la coûteuse guerre prétend avoir emporté, la diplomatie, avec d’incalculables et imprévisibles conséquences, peut encore une fois le perdre…

    Des irascibles responsables des armes les plus puissantes

    Ceux qui, occasionnellement, font le rapprochement entre le locataire de la Maison Blanche et le moustachu de Berlin, omettent de souligner que ce dernier était extrêmement méthodique. Du moins qu’il avait su s’entourer d’une équipe qui l’était à l’extrême. Ce n’est pas le cas du premier. Mais ce qu’ils ont en commun, c’est – tant sur les plans personnel, public que diplomatique – l’usage systématique de l’attaque tactique par la colère et même l’insulte dont l’épisode Zelenski est le meilleur exemple. Avant Munich, celles du dictateur allemand évoquaient sa résolution de détruire la Tchécoslovaquie par une guerre totale. Propos aussi apocalyptiques que celui de l’Américain déclarant qu’« une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais renaître. » L’un disposait à l’époque de l’armée la plus puissante en Europe. L’autre aujourd’hui de l’arsenal atomique qu’il ne veut pas voir entre les mains de son lointain adversaire qui y aspire; alors que – secret de polichinelle – son plus proche allié ou ennemi juré (c’est selon), Israël, est largement considéré comme possédant l’arme nucléaire. Dans ces circonstances, que vaut le parapluie du TNP et de tout autre traité pour le maintien de la paix mondiale?

    P. S. Une histoire qui se répétera?

    Comme l’a signalé une part de la presse, « le protocole » signé électroniquement à distance entre les États-Unis et l’Iran le 17 juin 2 026, n’est en fait qu’un mémorandum exigeant que les parties continuent à négocier au moins 60 jours pour « un accord final et définitif. » L’enjeu étant autant d’importance que celui de Budapest, et impliquant de surcroît l’état atomique – encore – le puissant, quel sort attend l’indispensable « traité pour le maintien de la paix et de l’économie mondiales? (bis). » Voir autre texte de laconservation.ca sur l’édifice de prestige – la Galerie des Glaces à Versailles – où l’accord du 17 juin a été signé.